Youssoufi Toure veut bâtir l'université d'Orléans de demain 0
Publié le jeudi 19 mars 2009 par : Tribune
Bien sûr, à Orléans, la fronde des enseignants-chercheurs reste très maîtrisée dans son expression. Bien sûr, les étudiants locaux font figure de sages à côté de leurs camarades tourangeaux qui continuent de bloquer les amphis. Mais en ces temps de tourmente, Youssoufi Touré, viceprésident de l'université d'Orléans veut d'abord penser à l'avenir. «Aujourd'hui, il y a le sentiment que les réformes arrivent au mauvais moment. Il y a une nouvelle gouvernance à mettre en oeuvre et des réformes. Davantage de missions, aussi. Avec, comme si nous étions trop riches, six postes de personnel à supprimer pour les attribuer à d'autres établissements. Le conflit enseignants-chercheurs contre Xavier Darcos, c'est devenu un bras de fer psychologique. Alors les gens sont frustrés, moi aussi je suis frustré mais ce qui importe c'est la dynamique de l'université. Notre capacité à réagir, notre compétitivité même si ce mot n'est pas très administratif.» On l'aura compris, Youssoufi Touré, 49 ans - qui devrait succéder à Gérald Guillaumet en novembre 2009, dans le fauteuil de président de l'université d'Orléans - a appris, en bon matheux, à s'intéresser au temps long, le temps des tendances lourdes.
De quoi relativiser les poussées de fièvre qui secouent presque chaque année, les universités françaises. Ce détachement – souvent feint – et cette propension à la relativité, Youssoufi Touré l'a peut-être reçu en héritage d'une enfance malienne. «Mon père était français, un militaire reconverti dans l'administration puis cadre dans l'industrie. Ma mère est morte alors que j'étais tout jeune... Et à l'école, il fallait être bon. Faire des études, c'était une réussite en soi. Aujourd'hui, c'est plutôt considéré comme un moyen. Mais ma vocation d'enseignant est née là, très tôt, et mon père y est pour beaucoup.» Alors, très vite, dès l'âge de 18 ans, un bac C en poche, ce sera l'arrivée en France à Dijon. «C'était en 1978. Pour faire une classe préparatoire. Maths-physique à l'université de Dijon. J'ai vécu ça comme une continuité complète. La terre est toute petite.» Jamais il ne regrettera le Mali, cette terre natale où il n'a pratiquement plus de parents. En 1981, Youssoufi Toure arrive à Lyon. «J'y étais comme un poisson dans l'eau. A Dijon le campus était retiré de la ville. A Lyon j'ai fait ma vie d'adulte, j'ai enseigné, j'ai passé mon doctorat. » Très vite, le brillant matheux passe des équations aux contrôle-commandes aux automatismes et à l'informatique industrielle. Youssoufi Toure vote à gauche, adhère au Snes-sup sans jamais militer... et travaille chez Rhône-Poulenc. Un pont entre l'université et l'entreprise. «Automatismes toujours. Il y avait une machine destinée à fabriquer des polyamides sur un site de la société à Arras. J'ai passé pratiquement un an sur place. On a commencé par écrire des équations, puis on a fait des capteurs, l'informatique...» Mais Youssoufi Toure n'en démordra pas, il est fait pour être universitaire et refusera une proposition de Rhône-Poulenc qui lui offrait un poste aux USA. En 1998, pour rejoindre son épouse, le voilà en région Centre. «Prof à l'université d'Orléans, attaché à l'IUT de Bourges.» Quelques rencontres décisives plus tard avec Gérard Besson et Michel Mudry, deux anciens présidents de l'université d'Orléans, et le voilà intégré à la gouvernance des facultés. Aujourd'hui, le vice-président Toure est chargé de développer des partenariats avec les entreprises. Et là, il est formel : «L'université d'Orléans disposera d' une fondation. Une fondation qui lui permettra de partager des objectifs, le financement découlera ensuite des objectifs posés avec les entreprises. Il ne s'agit pas simplement d'argent, l'université a toujours besoin de fonds. Mais il s'agit pour nous d'être plus compétitifs. Il faut montrer aux gens du Loiret ce que nous sommes capables de faire. Il faut que les gens soient fiers de leur université.»
Et Y. Toure de poursuivre, intarissable : «Vous savez qu'une sonde va se poser sur la planète Mars. Avec à son bord des éléments de capteurs destinés à analyser le sol qui ont été conçus au labo de physique-chimie environnement/espace d'Orléans. Vous savez qu'au classement mondial, notre université est 1193e sur 4400 en ce qui concerne les productions scientifiques. Vu le faible nombre de chercheurs, c'est plutôt bien.» Et Youssoufi Toure n'ajoutera pas qu'Orléans devance Tours sur ce même classement alors même qu'elle ne dispose que d'un nombre très inférieur d'enseignants-chercheurs. «Ce qui compte, c'est la solidité des racines d'un arbre et pas le nombre de fruits qu'on y cueille en une saison», plaide inlassablement Youssoufi Toure, comme pour conjurer le handicap que constitue la faiblesse démographique de l'université orléanaise...
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