William Page pose sa toque en bord de Loire 0
Publié le mercredi 07 avril 2010 par : Tribune
Le chef étoilé
William Page, 52 ans, vient d’installer
son restaurant le Lièvre gourmand,
quai du Châtelet à Orléans.
D’emblée, il affiche la couleur : il
n’aime pas se mettre en avant ni
être pris en photo.
Ce n’est pas un caprice de diva. Le
visage du Lièvre gourmand, ce n’est
pas lui, affirme William Page mais
son équipe qui officie en salle et en cuisine.
Même s’il n’aime pas s’étendre sur ses
origines exotiques – il est né en Papouasie
Nouvelle-Guinée de parents d’origine anglosaxonne,
William Page confie être allé pour
la première fois au restaurant à 16 ans en
Australie, «un choc». Pas étonnant car les
premiers souvenirs culinaires de ce chef
sont ceux d’une cuisine légère, réalisée par
des domestiques, de patates douces, de papayes
rouges. «Il y avait une forte population
chinoise qui tenait des commerces, cette cuisine
m’est restée.» Son arrivée dans le monde de
la gastronomie n’est pas liée à la tradition
familiale. «Mon père voulait que je fasse des
études. Cuisinier ce n’était pas socialement correct
en Australie.» Après avoir décroché le
bac à 15 ans, il s’inscrit en faculté de droit.
Culture anglo-saxonne oblige, l’étudiant
recherche des petits boulots pour payer son
appartement. «Je travaillais dans le marché avec
les grossistes, ensuite j’allais à la fac et le soir,
j’enchaînais avec le restaurant.» Ce n’est pas
aux fourneaux que le chef fait son entrée
dans la restauration mais en salle. «C’était
plus facile pour y entrer sans formation.» Il y
grimpe les échelons jusqu’à devenir directeur
de salle pendant 6 ou 7 ans. Pour cuisiner,
il se lance dans la gérance de clubs de golf.
Autodidacte, William Page n’a suivi qu’une
formation, «des années après, en pâtisserie car
c’est technique. Longtemps, j’ai été complexé
de n’être pas sorti de chez “untel”mais avec le
temps, j’y vois un avantage : je ne suis pas marqué
par un autre.»
Le choix de s’installer en région Centre, il
y a dix-sept ans, ne doit rien au hasard. «Je
voulais vivre à la campagne et cherchais une
petite maison abordable.» Ses pas le conduisent
à Vailly-sur-Sauldre dans le Cher, où il
rachète un établissement : le Lièvre gourmand.
Il y décroche en 2004, une étoile au guide
Michelin et ne l’a pas perdue depuis. Son départ
pour Orléans correspond «à l’envie d’un défi
professionnel. Ce lieu me rappelle les maisons
sur pilotis de Nouvelle-Guinée.» Il a emporté
dans ces bagages le nom du restaurant. «Je
trouve joli la juxtaposition du côté vieille France
avec l’aspect moderne de la maison.» Dans
cette bâtisse, le sol noir contraste avec la
blancheur des murs que vient ponctuer des
tableaux aborigènes. Tout est «épuré, comme
ma cuisine», assume ce chef qui a réalisé la
décoration. Par petite touche, le passé de
celui qui a adopté la nationalité française
ressort à travers une collection de lièvres,
savamment dispersée. Aux deux petites
terres cuites ramenées de Florence, les clients
ont ajouté d’autres objets et même des
dessins qui ont servi à réaliser le logo du
restaurant. William Page est un affectif,
attaché à son équipe et à ses confrères du
Cher avec qui il a pris l’habitude de déjeuner.
Il ne se considère pas comme un artiste
mais un artisan. «Pierre Gagnaire, l’un des plus
grand chef du monde, est un artiste, il y en a très
peu. L’artiste fait un objet unique, l’artisan reproduit
pour le client avec la même régularité.»
La seule chose qu’il revendique : «offrir du
plaisir.» L’étoile du célèbre guide rouge
en découle souvent, reconnaît ce chef qui
admet avoir «été heureux pour son équipe de
l’avoir obtenue.» La flamme qui l’anime reste
son métier. «J’ai épousé la restauration», confie
celui qui se donne entièrement à l’art
culinaire et avoue admirer «Paul Bocuse, à
84 ans, toujours présent dans son restaurant.»
Finalement, pour découvrir William Page, pas
besoin de mots. Il suffit de pousser la porte
du Lièvre gourmand et se laisser emporter
par la saveur des plats.
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