Université : une reprise des cours dans un contexte de crise 0
Publié le mercredi 23 septembre 2009 par : Tribune
Cette rentrée à la fac me fait plaisir et
me terrifie... » Claude Ophèle,
doyen de la fac de Droit à l'université
François Rabelais, sait de quoi elle
parle... La filière droit en première année
accueille cette année 20% d'étudiants en
plus -un chiffre qu’on retrouve également
en médecine... Ils étaient environ 4 300
inscrits à la fac des 2 Lions en 2008, et au
total un peu plus de 23 000 étudiants à
Tours... Un chiffre en relative stabilité
depuis près de dix ans, au contraire de la
plupart des villes universitaires -comme
Orléans- où le nombre d'étudiants est en
baisse constante... Cette évolution positive
s'inscrit pourtant dans un contexte d'inquiétude
pour les enseignants quant aux
réformes engagées au sein de l’université...
Un malaise partagé par les étudiants... Pour eux, la priorité, c’est le logement... Il existe seulement 2700 places dans les résidences universitaires de l'agglomération... Pas suffisant pour loger tout le monde... Alors, on se tourne vers le parc locatif privé... A l'Unef, le syndicat étudiant, on s'inquiète... « ce n'est pas une rentrée des plus simple, il y a des soucis pour se loger car les salariés touchés par la crise récupèrent les appartements habituellement loués par les étudiants ». « La rentrée, c'est synonyme de galère pour bon nombre d'étudiants , reprend Léa Dolivet, la présidente de l'Unef. Au logement, il faut ajouter des droits d'inscription -à partir de 300 euros... Sans oublier, les livres avec un budget minimum de 100 à 200 euros... » Tout augmente, même le restaurant universitaire, au point qu'un projet de banque alimentaire à l'université devrait bientôt voir le jour... Le malaise de cette rentrée est lié à la conjoncture économique de crise... Ainsi qu'à d'autres incertitudes... Exemple avec la loi LRU. Dans trois mois, le texte sur les libertés et les responsabilités élargies des universités doit entrer en application... Et c'est encore le flou le plus total concernant le budget 2010 en cours d'élaboration... « On ne connaît même pas la dotation globale de fonctionnement du gouvernement ! », s'alarme Claude Ophèle. Cette loi LRU qui a tant mobilisé l'année dernière a laissé des traces... « Les vacances n'ont pas été assez longues pour apaiser tout ça », selon un professeur qui a constaté que les divisions voire les fractures se sont creusées au sein de la communauté enseignante... Certains reprochant à d'autres une mobilisation à minima contre les réformes dans l'enseignement supérieur... La loi LRU, mais aussi la mastérisation sur la formation et le recrutement des enseignants -les premiers décrets sont sortis cet été... Une autre réforme qui traine elle aussi son lot d'incertitudes : allongement de la durée des études, stages pour remplacer l'année de formation en alternance ou encore la possibilité de recruter les enseignants sans leur donner le statut de fonctionnaire... Autant de questions qu'il va falloir trancher avant la fin de l'année, alors que tout le monde s'accorde à dire à l'université de Tours que la rentrée a été marquée par « un effort au niveau de la pédagogie »... Le plan pour la réussite en Licence, qui a pour objectif depuis l'an dernier de diviser par deux le taux d'échec en première année, commence à porter ses fruits. Cette année, à la fac de droit, les néo-bacheliers ont été accueillis par des étudiants de deuxième et troisième année, la capacité dans les salles de travaux dirigés a été limitée à trente étudiants (il peut normalement y en avoir jusqu'à 45)... « On a tâtonné l'année dernière, explique Claude Ophèle. Et pour cette rentrée, on a utilisé les bonnes expériences ».
Les casernes deviennent un nouveau pôle de l'université
Où loger les quelque 4 000 étudiants en médecine ? Pas à la fac près de l'hôpital Bretonneau... Le bâtiment de 20 000 m2 construit en 1995 n'est pas prévu pour accueillir un tel nombre d'étudiants. Alors, faute de nouveau site capable de désengorger la fac -un projet est en cours à La Riche mais ne devrait pas voir le jour avant plusieurs années- la présidence de l'université s'est tourné vers... les militaires des Écoles de la logistique et du train qui ont quitté les casernes Beaumont et Chauveau au mois de juillet... Une convention d'utilisation a été signée le 15 septembre dernier et les premiers étudiants sont attendus dès le 1er octobre. Ils seront 450 de 2ème et 3ème année de médecine à intégrer cet ancien site militaire où devraient également être regroupés -à partir de 2013- la présidence de l'université et l'ensemble de ses services administratifs, le service restauration du Clous ainsi que le pôle de recherche et d'enseignement supérieur de la région Centre. A plus long terme, les étudiants en médecine devront quitter les casernes pour un autre lieu. La ville de Tours a en effet d'autres projets pour le site de 10 hectares : le projet d'aménagement et de développement durable présenté ces derniers jours prévoit de nouveaux logements, des équipements collectifs ou encore des commerces... Tout un programme qui devrait fondamentalement changer le visage du quartier Thiers-Rabelais.
L’université fait rayonner la ville !
« L'université François Rabelais doit avoir une spécificité en terme d'image » Pour Loïc Vaillant, le président de l'université, «Tours et Poitiers ont une carte à jouer entre Paris et Bordeaux ». Tours ville étudiante, reste très attractive. Même pour cette rentrée, les néobacheliers inscrits en première année sont toujours aussi nombreux, de l'ordre de 4 000... Pourtant, il y a six mois, certains s'inquiétaient de l'impact des manifestations et des blocages de facs sur les premières inscriptions... Tours dispose de plusieurs atouts pour attirer la population estudiantine. Le premier de ces atouts, ce sont les milliers d'étudiants de la fac des Tanneurs qui vivent au coeur de la ville. Un choix politique de l'ex-maire Jean Royer... sur les conseils d'un certain Jean Germain, alors président de l'université... Mais, ces étudiants doivent également trouver à l'université un niveau d'enseignement reconnu au niveau national... C'est aussi à ce prix que Tours restera une ville universitaire dynamique... Cette attractivité passe, selon Loïc Vaillant, par le développement de filières prestigieuses ou uniques. « Dans toutes les universités européennes, on sait que les études sur la Renaissance, c'est à Tours... Grâce à cette bonne réputation, il y a un effet attractif sur les autres domaines ». Autre axe de travail pour le président de l'université : le développement des laboratoires mixtes privés-publics, « il en existe cinq aujourd'hui sur l'agglomération (ST Microelectronics, Safety, Hutchinson, HF company et Cyclo pharma NDLR), et nous avons deux autres pistes dans les domaines des bio-technologies médicales et de la matériauthèque sensorielle (avec l'agence de design RCP située dans le quartier des Deux Lions NDLR) ». A Tours, le secteur technologique tend à se développer, mais ces enseignements spécifiques, voire prestigieux, ne concernent pourtant qu'un faible nombre d'étudiants. Aujourd'hui, le Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, c'est une centaine d'élèves... En 2008, l'école Polytech' a formé quelque 700 futurs ingénieurs contre 900 l'année précédente... Reste les 22 000 autres étudiants en droit, lettres, langues... Ce sera bientôt au seul président de l'université et à son conseil d'administration de faire des choix politiques... A partir de 2010, la direction de l'université aura en effet tous les pouvoirs, et notamment celui d'octroyer les budgets aux différentes facultés... Avec la crainte que certaines filières soient délaissées car « non rentables économiquement »... Pourtant, c'est aussi la diversité de son enseignement qui fait de Tours une ville étudiante si attractive.
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