Socialistes et écolos aux manettes : frictions en vue à la Région ? 0
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Publié le vendredi 26 mars 2010 par : Tribune

Catégories : politique

 Alors que la gauche se partage 49 des 77 sièges du Conseil régional, la question se pose de la cohabitation d’élus socialistes et écologistes qui revendiquent leur indépendance. Le point sur les dossiers «chauds».    Avec 50,01% d...

Alors que la gauche se partage 49 des 77 sièges du Conseil régional, la question se pose de la cohabitation d’élus socialistes et écologistes qui revendiquent leur indépendance. Le point sur les dossiers «chauds».

Avec 50,01% des suffrages au 2e tour des régionales, dimanche 21 mars, les socialistes et radicaux de gauche décrochent 29 des 77 sièges du Conseil régional du Centre, Europe Ecologie 12, les communistes 8. Et déjà, la question d’une gouvernance où le rapport de force entre communistes et écologistes est inversé se pose : «c’est l’alliance de la carpe et du lapin, les socialistes sont favorables à la croissance alors qu’à l’évidence les écologistes sont pour la décroissance. Quand on est en désaccord on ne fait rien», estime Charles-Eric Lemaignen, président UMP de l’AgglO, adjoint à la Ville d’Orléans et conseiller régional. «C’est un mariage de raison qui peut mener au divorce», glisse Philippe Loiseau, réélu conseil régional FN. «Si depuis six ans, le PCF est un allié assez prévisible et homogène, ce n’est pas le cas de la nébuleuse écologiste qui rassemble certains gauchistes qui peuvent devenir des alliés incommodes», analyse Michel Mudry, tête de liste du MoDem, passé à la trappe dès le 1er tour. Carole Canette, élue PS de Fleury et nouvelle conseillère régionale, indique que cette alliance écolo-socialiste c’est «du temporaire qui dure» : «la diversité enrichit et je n’ai aucune inquiétude sur la capacité de dialogue des uns et des autres.» «Depuis 12 ans, nous marquons des buts ensemble ! On s’appuiera sur nos expériences et les sensibilités de chacun», répète François Bonneau, président PS réélu de la Région. Reste que plusieurs dossiers risquent de susciter le débat, voire l’opposition, dans les rangs de la majorité...

Aéroports. Parmi les ambiguïtés qui restent à éclaircir entre les socialistes et les écologistes, le financement des aéroports promet d’âpres discussions. François Bonneau a beau rappeler qu’il a stoppé «depuis 2 ans, car la société fait des bénéfices» les subventions à Ryanair, par le biais d’aides à l’aéroport de Tours, les élus Verts n’en restent pas moins opposés au financement du transport aérien en général. «Nous ne sommes pas anti-avions», nuance Jean Delavergne, «nous serons moins en conflit direct sur le financement de l’aéroport de Châteauroux, lorsqu’il s’agit de maintenance aéronautique, que si l’on parle de financer une ligne aérienne low-cost entre Tours et Londres, une concurrence déloyale». En clair, s’il semble exclu qu’il y ait de nouvelles subventions directes, les écologistes mettront un point d’honneur à s’assurer qu’il ne s’agit pas de subventions déguisées à telle ou telle ligne aérienne. Ce qui augure de relations compliquées avec Jean Germain, maire PS de Tours...

Routes. La question du soutien financier aux infrastructures routières a été discutée entre socialistes et écologistes. «28 millions d’euros ont été affectés aux routes dans le compte administratif 2008 au titre des conventions départementales. Nous pensons que dans les 4 ans, nous arriverons à une extinction progressive de ces crédits», explique Jean Delavergne. «Nous tenons nos engagements du contrat de plan de 2000 à 2007 mais nous n’en prenons pas de nouveaux, sauf concernant les travaux de la N154», souligne François Bonneau. Agriculture. Les écologistes ont obtenu que 20% du budget agricole soit consacré au développement de l’agriculture bio, aujourd’hui confidentielle dans la région (0,9% des surfaces agricoles en 2008 selon Bio Centre). Mais pas question de gaspiller l’argent public dans un saupoudrage: «mieux vaut un plan d’aides ciblées sur les petits agriculteurs plutôt que de donner 2 millions qui paraissent dérisoires», estime Jean Delavergne, en écho aux 2 millions votés en février dernier par le Conseil régional pour venir en aide aux agriculteurs de la région.

Nucléaire. Plus qu’un dossier épineux, il s’agit d’un «regret» des écologistes «de ne pas avoir de position claire et tranchée des socialistes sur le refus d’un réacteur EPR en région Centre», glisse un élu Verts. «Les Verts sont un peu intégristes mais cohérents par rapport à eux-mêmes alors que les socialistes ont dit oui à tout», résume Charles- Eric Lemaignen. Une chose est sûre, même si la gauche réunie parvient à s’entendre, l’opposition entend jouer pleinement son rôle.

Réactions :

François Bonneau, président sortant du Conseil régional et tête de liste régionale PS : «Je suis très heureux d’avoir porté ce projet mais je prends aussi la mesure des responsabilités qui m’incombent dans les 4 ans et j’espère 6 ans à venir. A chaque fois que les socialistes s’ouvrent aux autres, ça marche. En 2012, nous ne gagnerons que si l’on travaille avec l’ensemble de la gauche !»

Jean Delavergne, tête de liste régionale Europe Ecologie : «notre victoire est indéniable et puisque la barre des 50% a été franchie, on ne peut pas invoquer le problème des triangulaires. J’éprouve une grande satisfaction face à ce vote d’adhésion à un projet régional très imprégné des priorités écologistes.»

Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au Commerce et tête de liste régionale de l’UMP : «La question hors du propos du contexte national a pesé fortement, cependant la campagne dynamique que j’ai menée m’a permis de me démarquer de 3 à 4 points par rapport à la plupart des candidats UMP. C’est plus que mon prédécesseur. Sur 17 triangulaires, nous constatons que je parviens à la 3e place. Le score du FN m’a empêché d’avoir une campagne serrée face au PS. Nous pouvons donc affirmer que François Bonneau ne réunit pas la majorité dans la région Centre !»

Philippe Loiseau, tête de liste régionale du FN : «Par rapport aux régionales de 2004, nous faisons un peu moins bien. Mais c’est un très bon résultat, avec un vote sanction de la politique de messieurs Sarkozy et Novelli. J’espérais entre 13 et 15%, l’objectif est rempli, alors que tous nos adversaires nous disaient morts politiquement !»

Michel Sapin, député PS et ex-président de la région Centre : «Nous avions conquis de justesse cette région, cette fois-ci François Bonneau devient le 1er président de gauche élu avec une majorité, c’est une excellente nouvelle ! Hervé Novelli est d’une mesquinerie totale, c’est souvent dans la défaite qu’on juge la qualité humaine d’une personne.»

Charles-Eric Lemaignen, tête de liste UMP du Loiret et président de l’AgglO d’Orléans : «On s’est pris une tôle, c’est clair. Mais on a mélangé le scrutin national et local, ça remet en cause les fondements même de la décentralisation ! La réforme territoriale est désormais indispensable et il faut la faire vite ! Je crois aussi qu’il faut qu’on regroupe les élections locales, c’est-à-dire les municipales, les cantonales et les territoriales, et un bloc d’élections nationales pour ne pas brouiller les enjeux. Et qu’on prenne en compte le vote blanc dans les résultats.»

Eric Doligé, président UMP du Conseil général du Loiret : «Il y a eu un défoulement collectif dans une élection sondage national. Je regrette qu’on n’ait pas répondu à la vraie question : que veut-on pour la Région Centre. Hervé Novelli n’a pas démérité, vu l’ambiance et la nature du scrutin, c’était mission impossible. Cette élection, c’est un coup pour rien !»


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