Saran cultive toujours le mythe de l'aérotrain 0
Publié le jeudi 09 avril 2009 par : Tribune
C’est un peu comme exhumer une antiquité. L’aérotrain de Jean Bertin, abandonné par l’Etat en 1974 pour des motifs politiques et économiques, circulera de nouveau à Saran les 25 et 26 avril prochains. Dans sa version réduite mais sur 200 mètres de voie et cela suffit à dépoussiérer le mythe. Car l’ingénieur et polytechnicien Jean Bertin, décédé en 1975, compte encore beaucoup d’amis. Une centaine de fondus d’aérotrain, réunis par le biais d’une association, participeront à cette première manifestation dédiée à l’engin mi-train mi-avion, connu pour ses coussins d’air et son fonctionnement par sustentation. Parmi les fans de la première heure, Michel Guérin, 75 ans, maire (PCF) de Saran et ancien conducteur de train : «J’ai toujours trouvé le système formidable. J’ai tout vu se monter. Aujourd’hui encore, il peut circuler mais on est trop bête pour s’en servir !» Des années 1960, où l’aérotrain vivait sa période euphorique, il ne reste plus qu’un rail de béton immobile au milieu des champs. Vingt kilomètres à l’abandon, entre Saran et Artenay. Pourquoi, quarante ans après, le souvenir de l’aérotrain est-il toujours aussi présent ? Qui sont ces inconsolables du coussin d’air ?
Le premier élément de réponse, c’est Philippe Ronc, 50 ans, pilote instructeur à l’aéroport d’Orly et modéliste passionné, qui le donne : «quand j’étais gamin, je passais sur la Nationale 20 avec mon père et j’apercevais l’aérotrain. Il me fascinait. Début 2008, avec les travaux de l’A19, j’ai cru que le rail allait disparaître alors je me suis rapproché de l’association “Les Amis de l’ingénieur Jean Bertin”. C’est comme un vieux Concorde, ce serait dommage que ça disparaisse.» Daniel Ermisse, 64 ans, est l’un des pilotes de l’aérotrain. Sa grande fierté est d’avoir été le seul à piloter «toutes les machines». A Orléans, il se souvient d’un engin «compliqué au niveau du pilotage mais très confortable». «Il n’y avait pas de frottement alors ça ne bougeait pas, j’écrivais comme à mon bureau», confirme Danièle Jannot, calculatrice puis assistante technique de la société Bertin. Nostalgique, Danièle Jannot conserve aussi une certaine amertume : «lorsque Poniatowski (ministre de l’Intérieur de Valéry Giscard d’Estaing) a annoncé qu’il n’y aurait pas d’aérotrain, c’était signé, j’étais déjà en train de faire les calculs pour la ligne Cergy/La Défense !» Cet échec politico-commercial, il y a ceux qui l'acceptent et ceux qui croient encore à une reprise de l'aérotrain. Maurice Berthelot, 89 ans, fait partie de la seconde catégorie. Il a réalisé tous les prototypes dont le fameux «I80», l’«Interurbain 80 places» qui a circulé au nord d’Orléans. Il est la mémoire vivante de l’aérotrain. Il suffit de le lancer sur le sujet et l’ingénieur est prêt à reprendre son équerre et ses feuilles de calculs : «Je crois encore à une solution du type de l’aérotrain.
La SNCF nous a considérés comme un concurrent alors que Jean Bertin n’a jamais voulu autre chose qu’une solution de liaison de ville à ville. La preuve c’est qu’entre Orly et Roissy, liaison préférentielle à l’époque, il n’y a toujours pas de solution rapide.» Néanmoins, il reconnaît que le problème a évolué : «combien de gens ont besoin de gagner 15 minutes aujourd’hui ? Ce n’est plus une nécessité dans une période où on a besoin de limiter les vitesses rapides. Car il est ridicule et scandaleux de prétendre qu’on peut dépasser les 350km/h au sol, ça consommerait beaucoup trop d’énergie.» Danièle Jannot reste convaincue «qu’on aurait pu faire les deux, le TGV et l’aérotrain». Quant à Daniel Ermisse, il ne croit plus à la viabilité du projet : «en France ce n’est pas la peine, le TGV a tissé sa toile. Mais à l’étranger, pourquoi pas ? L’aérotrain fait partie des succès des années 1960.» Reste une déchirure : l'incendie d’origine vraisemblablement criminelle de l'I80, en 1992 dans un hangar à Chevilly, quelques jours seulement après l’annonce du maire de Saran de vouloir créer un musée. «Ça me fiche en l’air que l’aérotrain ait été abandonné pour du pognon et des intérêts personnels !», peste Michel Guérin. Mais il en est convaincu : «le projet ne peut pas être autrement que repris !»
Votre tribune
Votre publicité
Votre ville au quotidien
Béatrice Barruel, nouvelle adjointe au développement durable
Désormais, c'est Béatrice Barruel, conseillère...
A vos agendas
Tourisme en loire
Le Parc Loire-Anjou-Touraine mise sur le tourisme durable
En 15 ans, le Parc Loire-Anjou-Touraine est devenu l’un des parcs naturels...



Réagir à cet article
Connectez vous pour commenter cet article