Sangliers et renards prolifèrent aux portes des villes 0
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Publié le jeudi 17 septembre 2009 par : Tribune

Catégories : environnement

 La régulation des animaux classés «nuisibles» par la préfecture (lire encadré) n’est pas chose facile à en croire le développement exponentiel de certaines espèces comme les renards et, surtout, les sangliers. Les renards ne sont pas rec...

La régulation des animaux classés «nuisibles» par la préfecture (lire encadré) n’est pas chose facile à en croire le développement exponentiel de certaines espèces comme les renards et, surtout, les sangliers. Les renards ne sont pas recensés mais leur nombre explose. Les piégeurs en ont capturés 7 000 sur la saison 2008-2009, 5 800 en 2007-2008, contre 2 300 en 1991-1992 dans le Loiret. Considéré par les chasseurs comme un prédateur de la perdrix grise, l’oiseau emblématique de la chasse de plaine dans le département, le renard est aussi porteur de l’échinococcose alvéolaire, une maladie grave transmise à l’homme. Ce n’est pas encore l’invasion mais «depuis quelques années, il arrive dans les jardins de l’agglomération d’Orléans, on en voit de plus en plus la nuit», assure André Lutun, directeur de la fédération de chasse du Loiret. Le problème numéro un reste celui des sangliers. Leur population a été multipliée par 10 dans la région Centre (par 6 au niveau national) en 20 ans, passant de 4 500 individus en 1986 à plus de 45 000 aujourd’hui, selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Pour les dénombrer, les autorités se basent sur l’évolution des prélèvements (12 000 ont été abattus en 2008/2009 dans le Loiret) et les dégâts générés... Le phénomène pose plusieurs problèmes. Animal roi des chasseurs de gros gibier, loué pour son intelligence et sa résistance, le sanglier - pesant entre 50 et 150 kilos - est un fléau pour les agriculteurs et les automobilistes. Le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO) recense 372 collisions ayant impliqué un sanglier en 2008 dans le Loiret, soit 45% de l’ensemble des collisions avec des animaux sauvages, classant le département au 9e rang national. Sans compter les sinistres non déclarés… Concernant les dégâts agricoles la fédération des chasseurs du Loiret a versé 480 000€ en 2008 (sur une facture totale de 730 000€, indexée sur le prix des céréales) pour indemniser les cultivateurs qui ont eu 662 hectares détruits par les sangliers, contre 477 hectares en 2007.

«La facture est considérable, nous avons dû taper dans nos réserves et mettre en place de nouvelles mesures», explique André Lutun, directeur de la fédération, notamment la mise en place en 2008/2009 de bracelets à 30€ obligatoires pour transporter un sanglier mort et l’instauration d’une taxe allant de 0,5€ à 11€ l’hectare dans les zones à forte densité, au rang desquelles La Puisaye (Eure-et-Loir) arrive en tête. «L’objectif était double : renflouer les caisses et faire payer ceux qui ont laissé trop monter la population de sangliers.» Mais c’est là que le bât blesse : le plaisir de réaliser un beau tableau de chasse a pris le pas sur l’équilibre naturel. «En Sologne, les chasseurs ne s’occupent plus ou presque que du gros gibier, c’est devenu une véritable industrie !», critique un ancien chasseur. «Il y a une envolée des prix de location des territoires de chasse, c’est plus vendeur de dire qu’on a beaucoup de sangliers sur sa parcelle.» Luc Barbier, agent de la cellule technique de l’ONCFS confirme qu’en Sologne le territoire, «à 65% couvert de forêt», a progressivement occulté le petit gibier au profit du gros : «le chasseur a essayé de laisser envahir pour avoir beaucoup de grands gibiers. Avant on pouvait tirer entre 5 et 10 sangliers en une journée, maintenant c’est entre 50 et 70 ! La concentration est devenue beaucoup trop forte.» André Lutun le rappelle : en la chassant, la population de sangliers double déjà tous les ans (soit 5 à 7 marcassins par portée avec une portée par an), contrairement à celle des chevreuils qui n’augmente que de 30% par an. Face à cette situation, et au risque de maladies lié à la concentration des sangliers, l’Etat a poussé un cri d’alarme. Jean Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, a adressé le 31 juillet 2009 une circulaire à tous les préfets avec 13 fiches et autant d’outils pour enrayer le phénomène. La Direction départementale de l’agriculture et de la forêt (DDAF) et la fédération des chasseurs du Loiret élaborent actuellement un état des lieux «des zones à problèmes» en vue de mettre en place un plan d’actions «zonées» début octobre : «mais nous avons déjà activé plusieurs leviers», témoigne Sandrine Reverchon, chef du service environnement et forêt à la DDAF, «depuis deux ans, des incitations ont été envoyées par courrier aux chasseurs et surtout la période de chasse du sanglier a été étendue au maximum, on peut le tirer en battues du 15 août au 31 mars et ensuite à l’approche ou à l’affut, c'est-à-dire sans chien, du 1er juin et au 14 août.»

Le plan d’actions pourrait néanmoins prendre des mesures plus strictes en imposant un plan de chasse départemental du sanglier qui imposerait aux chasseurs un quota, ou encadrer plus strictement l’agrainage. «L’agrainage dissuasif est le seul valable quand les cultures sont sur pied !», estime Luc Barbier. Du côté de la fédération, André Lutun indique aussi que la filière venaison, balbutiante, est en train de se mettre en place car les chambres froides et le personnel formé à l’analyse des carcasses manquent. L’association Loiret Nature Environnement, qui réfute le terme «nuisible », rappelle néanmoins que l’homme est le seul responsable de la situation : «il y a trop de sangliers mais ce sont les chasseurs qui les ont nourris pour les maintenir chez eux à des fins cynégétiques !»


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