Rivières : les poissons migrateurs en petite forme 0
Publié le mercredi 17 mars 2010 par : Tribune
La pêche à la truite vient d’ouvrir. Comment se portent les poissons des cours d’eau d’indre-et-Loire ? tour d’horizon et bilan mitigé de la faune aquatique de touraine.
Anguille menacée, silure invasif, alose en croisance : les poissons d'Indre-et- Loire n'affichent pas tous la même forme. Les pêcheurs rencontrent par exemple encore beaucoup de gardons, de chevaines ou de goujons parmi la centaine d'espèces répertoriées. Favorite, notamment grâce aux déversements, la truite se pêche toujours, cette année depuis le 13 mars. Si l’Indre-et- Loire est un département de plaine, bon nombre de cours d’eau abritent des populations sauvages de truites fario, notamment sur les affluents du Loir, le bassin de l'Aigronne dans le sud du département et le bassin de la Brenne en amont de Château-Renault. Les poissons migrateurs, par contre, se raréfient. En cause, les obstacles à leur libre circulation et la qualité de l'eau. « On estime par exemple à 95 % la baisse du stock d'anguilles, en Indre-et-Loire, depuis le début des années 1980 » témoigne Philippe Boisneau, pêcheur professionnel et Dr en sciences de l'écologie sur les cours d'eau. Même si, il faut en convenir, l'effacement du barrage de Maison-Rouge (Vienne), il y a dix ans, a permis la reconquête des cours d'eau par certaines espèces. Depuis, l'alose est passée d'une dizaine de reproducteurs à 50 000 et la lamproie marine bat aujourd'hui les records d'Europe.
On a effet compté 92 000 reproducteurs de cette espèce en 2008. « L'homme doit respecter les cycles biologiques des espèces migratrices, mais les cours d'eau sont aussi, aujourd'hui, le support d'activités diverses comme l'agriculture et les loisirs » insiste Philippe Boisneau, qui reconnaît que, par conséquent, « la prise de décisions n'est pas toujours facile à faire accepter ». Et pourtant, la situation est urgente. Surtout concernant l'anguille, qui se reproduit en mer et grandit en eau douce. « Les obliger à se sédentariser, c'est favoriser leur disparition, parce que la fécondité chutera. » Par ailleurs, les impacts sur l'espèce s'étalent dans le temps, d'où l'urgence. Aujourd'hui, l'anguille subit les conséquences de la pollution de l'après-guerre ! On imagine donc combien longue sera sa reconquête. Si reconquête il y a. Au-delà des espèces menacées, il y a ce que la fédération de pêche départementale considère comme étant des poissons rares. « Le dernier signalement de la lote remonte à 2003/2004, sur l'Indre. Depuis, rien. Sont également touchés par la dégradation de l'habitat, la loche de rivière, présente sur l'Indre, le Vieux Cher et le Filet, et l'épinoche », énumère Grégoire Ricou, technicien chargé d'étude à la fédération d'Indre-et-Loire. Parmi les poissons pêchés on compte aussi le brochet, victime « des extractions de granulats et de l'enfoncement du lit de la Loire », pointe aussi Philippe Boisneau. Lequel note qu'il y a « malheureusement », de plus en plus de silures, susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques et d'impacter les autres espèces. En cause, « la hausse de la température de la Loire de 1,9 degré en une trentaine d'années. Si l'eau est chaude, le silure se reproduit davantage. »
Claire Robin
Logrami, association pour la gestion et la restauration des poissons migrateurs du bassin de la Loire : www.logrami.fr Fédération de pêche d'Indre-et-Loire : fedepeche37.fr
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