Recherche cosmétique : Orléans veut être leader du secteur 0
Publié le vendredi 26 mars 2010 par : Tribune
Le congrès
COSM’innov est la confirmation
qu’Orléans, portée par les
collectivités et soutenue par le
pôle de compétitivité, revendique
une place d’importance
dans la recherche cosmétique
mondiale.
Les entreprises et les laboratoires
privés et universitaires, qui sont
installés dans la région, entendent
bien jouer un rôle déterminant. Le chiffre
d’affaires de la cosmétique pour le
Loiret avoisine les deux milliards d’euros.
Actuellement, une quarantaine de projets
significatifs sont en cours, qu’il s’agisse
des «corps innovants», du «body-care»
ou du «tout naturel», ils font appel à
la chimie organique, à la physique des
matériaux, aux sciences de la lumière et
aux nanotechnologies. Autant de savoirs
qui s’imposent au travers de publications
internationales et de rendez-vous scientifiques
d’importance. L’Agence de développement
économique du Loiret, l’ADEL,
à l’initiative il y a trois ans de Cosm’innov,
fait en sorte que le poids économique
d’une telle filière soit représentatif des
efforts engagés. Cette année encore, plus
de 200 scientifiques de 16 nationalités
viendront les 30 et 31 mars débattre de
la «formulation». Une vitrine au travers
de laquelle on distingue nettement les
intentions internationales.
Les finances ne sont pas infinies
Les subventions de l’Etat se font plus rares
et les travaux de recherche croisés entre
les laboratoires publics et privés sont
désormais incontournables. D’Orléans à
Caen en passant par Rouen et Chartres,
six universités et plus de cinq cents laboratoires
travaillent au sein du pôle de
compétitivité Cosmetic Valley pour porter
le label «Made in France». L’intérêt
pour eux est de rester parmi les bons
élèves de la classe, l’Etat ayant l’intention
de délabelliser les pôles les moins productifs,
d’autant que d’autres candidats
frappent à la porte dans l’attente de leur
labellisation. Le cluster DREAM (Durabilité
de la Ressource en Eau Associée aux
Milieux) est de ceux-là.
Les collectivités sollicitées : régions, départements,
agglomérations et communes
participent au financement, mais «elles
seront amenées à faire des choix dans
les prochaines années, reconnaît Bruno
Rousselet, directeur de l’ADEL. Il nous est
soumis des projets aux budgets multipliés
par deux ou par trois, mais nous avons des
contraintes budgétaires qui nous freinent».
Les critères sont clairement établis. L’Etat
apporte 50% du montant, la Région 25%
et les collectivités locales se répartissent
les 25% restants. Elles font donc des choix
en fonction des retombées économiques
et en terme d’image. Le Conseil général
du Loiret a une ligne de crédit d’environ
500 000€ pour l’ensemble des trois pôles
(Cosmetic, S2E2 et Elastopôle).
L’avenir sera collaboratif ou ne sera
pas…
Actuellement, une quarantaine de projets
de recherche sont en cours pour la cosmétique
pour un investissement R&D global de
près de 75 millions d’euros et les prochaines
années seront, elles aussi, porteuses de nouveaux
défis.
Shiséïdo a récemment présenté les résultats
d’un projet mené en collaboration avec l’université
et des PME à propos des décors innovants
de flacons. Avec un budget d’1,5 million
d’euros, les travaux ont occupé les chercheurs
et les industriels pendant près de trois ans.
«Difficile en revanche de dire combien d’emplois
ont été créés, admet Daniel Guillermain,
patron de Shiseïdo International France, mais
ce flacon participe de la réussite d’un produit
vendu dans le monde entier».
L’ADEL travaille au rapatriement vers
l’université d’Orléans d’un modeste laboratoire
de formulation actuellement en région
parisienne. «Une dizaine d’emplois seulement,
mais l’enjeu en terme de formation des
techniciens est très important, poursuit Bruno
Rousselet, car cela nous permettrai d’avoir un enseignement
spécialisé en recherche en cosmétologie».
L’enseignement est en effet une condition
sine qua non pour briguer le label de pôle
mondial. Parallèlement, on voit aussi poindre
le projet Hélios du groupe LVMH. Hélios
sera d’ici 2012 le centre de recherche pour
l’ensemble du groupe. Au service Givenchy,
Guerlain et des Parfums Christian Dior, ses
250 chercheurs travailleront aussi avec leurs
confrères du public et du privé. «Nous sommes
dans l’ère des travaux collaboratifs, explique
le directeur de la recherche Eric Perrier.
En ce qui concerne l’implantation du centre, la
Cosmetic Valley s’imposait pour le Net-work avec
les laboratoires universitaires mais aussi l’ensemble
des PME et TPE». Et Eric Perrier de
préciser: «après les salaires, le poste Recherche
est notre plus gros budget.» Chiffre confidentiel
bien sûr, autant que le montant de l’investissement
pour ce futur centre de recherche
qui s’élèvera à plusieurs dizaines de millions
d’euros.
Fédération d’énergies
Le 4 mars dernier, Valérie Pecresse, ministre
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
signait le décret de création du Pôle
de Recherche et d’Enseignement Supérieur,
le PRES. Cette nouvelle entité vise, elle aussi,
à asseoir la lisibilité et la crédibilité de l’innovation
en Région Centre. Les universités
d’Orléans et de Tours sont ainsi associées,
mais aussi les écoles d’ingénieur et de nombreux
laboratoires comme le CNRS, l’INRA,
le BRGM ou l’INSERM. Cette création doit
elle aussi contribuer à faire vivre les pôles de
compétitivité.
Ajoutons l’ICOA, PRISM ou le GREMI ; la liste
est longue, mais si les grands noms sont générateurs
de nombreux emplois, rappelons tout
de même que la majorité des unités de recherche
comptent leurs effectifs sur les doigts
d’une main. «Nous ne sommes pas si riches que
cela, reconnaît Bruno Rousselet. Mais au-delà
du nombre, c’est la cohésion qui fait la force.»
Et Daniel Guillermain complète : «L’université
d’Orléans a des champs d’excellence sur lesquels
on peut compter.» Son président, Youssoufi
Touré confirme que «tous les labos aux potentiels
cosmétiques sont mobilisés dans les projets
en cours. L’université doit être le vecteur de la
recherche, même si, reconnaît-il, nous avons
encore des progrès à faire pour cela».
Alors, Orléans, capitale mondiale de la cosmétique
(lire p.8) ? «On n’y est pas encore»,
reconnaissent à voix basse les élus qui
rêvent d’un laboratoire de cosmétologie sur le
campus. Mais Chartres, siège historique de la
Cosmetic Valley, reste encore maître du jeu
bien qu’il n’y ait pas de recherche en Eureet-
Loir !
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