Orléans TV : le groupe Krief prépare une nouvelle télé sans journaliste 0
Publié le jeudi 25 février 2010 par : Tribune
Nouveau rebondissement dans le dossier
de reprise de la chaîne de télévision
locale Orléans TV ! Le tribunal
de commerce d'Orléans a validé vendredi
19 février la modification du plan de reprise,
demandée par Concord Telecom, filiale du
groupe financier Bernard Krief Consulting
(BKC). Concrètement, Concord Telecom a
licencié, pour motif économique, cinq des
10 salariés de la chaîne placée en redressement
judiciaire mardi 9 novembre 2009.
Soit l'intégralité de la rédaction, c'est-à-dire
quatre journalistes et un technicien.
Autrement dit, il ne reste plus aujourd'hui
que trois techniciens et deux personnels
administratifs, sachant que lors de son
inauguration le 13 mai 2007, la chaîne
comptait 23 salariés, avec un budget annuel
de fonctionnement d'environ 1,8 million
d'euros. De son côté, le CSA avait donné
son accord, le 26 janvier dernier, pour le
plan et reprise et pour la location gérance.
«Pour l'absence de journaliste, nous
n'avons pas encore été informés, nous ne
pouvons donc pas nous prononcer», indiquait
mardi le service de communication.
Comment une télévision locale d'information
et «d'hyperproximité», peut-elle fonctionner
sans journaliste ? Gilles Bouchier-
Ely, président de Concord Telecom, n'hésite
plus à dire qu'il veut inventer «un nouveau
modèle», résolument low-cost. «Je ne sais
pas combien il y aura de journalistes»,
s'agace-t-il, en rappelant les dépenses à
ses yeux disproportionnées dont a bénéficié
la chaîne: «il y a eu plus de 600 000€ investis
dans les locaux !». Mais sa stratégie se
dessine : «Le problème principal c'est l'information
locale qui peut être organisée
différemment. Nous ne sommes pas sur un
fonctionnement attentiste où un journaliste
peut faire fonctionner la chaîne. Il n'y a pas
forcément besoin d'avoir un rédacteur en
chef, sinon il faut rentrer chez TF1 ! En
revanche, les journalistes radios sont les
bienvenus ! Soit on invente quelque chose
de nouveau, soit on meurt. Je privilégie une
stratégie d'entreprise...»
Séverin Foulon, délégué du personnel et
technicien touché par le plan de licenciements,
fulmine : «Il n'y a pas de programme
clair ! Peut-être qu'un journaliste de CAP 24
(ndlr : chaîne de la TNT francilienne détenue
par le groupe BKC) se déplacera de
temps en temps pour respecter l'obligation
(du CSA) des 2h de programmes “frais” par
jour ou alors un technicien fera 15 minutes
de micro-trottoir. On ne sait pas, si ce n'est
qu'il y aura très peu de choses nouvelles
d'ici fin juin, sûrement pas de l'information
locale !» De source interne, les techniciens
ont réalisé un pilote, jeudi 18 février, mais
tournent en rond depuis des semaines, tandis
que le groupe BKC leur demande de
«trouver des idées pour rendre rentable le
plateau». Alors que la chaîne fonctionne sur
des rediffusions depuis six mois, les journalistes,
eux, ont déposé une clause de
cession le 2 février dernier et ont appris il y
a une semaine qu'ils allaient finalement être
licenciés, «ce qui permet à BKC d'utiliser le
fonds de garantie et de ne pas payer de sa
poche», glisse Séverin Foulon.
Nadine Toussaint Desmoulins, spécialiste
de l'économie des médias, n'est pas surprise
qu'une télévision locale sans journaliste
puisse voir le jour, à l'heure où les télévisions
locales connaissent des difficultés :
«les sites alimentés par des blogueurs se
développent, on peut concevoir qu'une télévision
soit alimentée par des gens qui ne
sont pas des journalistes sachant que la
frontière devient de plus en plus floue et la
commission de la carte de presse de plus
en plus permissive. La mise en réseaux de
télévisions permet éventuellement une rentabilité
car elles peuvent avoir les mêmes
recettes avec les mêmes publicités. La
question de la qualité de l'information se
pose évidemment, même si elle ne représente
qu'une fraction des programmes
d'une chaîne locale.»
Du côté du contenu de la chaîne, qui devrait
bientôt changer de nom, Gilles Bouchier-Ely
indique qu'une syndication de programmes
est «en cours» avec Cap24, en attendant
que le groupe BKC ne rachète d'autres
chaînes locales... «Dès à présent le public
peut voir des choses !», assure Gilles
Bouchier-Ely. Des choses, mais pas d'information,
pour l'instant.
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