N'Diaye voit la vie en bleu 0
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Publié le mercredi 12 novembre 2008 par : Tribune

Catégories : football

La voix est aussi timide que tranquille. Mal assurée, elle

La voix est aussi timide que tranquille. Mal assurée, elle "dessine" les contours d'une carrière en dent de scie qui n'a rien de particulièrement évident. A 27 ans, Tenema N'Diaye rattrape le temps perdu et joue sa première "vraie" saison en Ligue 2. Avec seulement une trentaine de matchs à ce niveau, il est pourtant le buteur numéro 1 du Tours FC. 6 buts inscrits dans un championnat difficile car « beaucoup plus physique que le National ». De quoi en faire, après 14 journées, le 3ème buteur de la Ligue 2, série en cours. L'attaquant malien au physique longiligne (1,80 m pour 70 kilos) s'est fixé comme objectif « de passer la barre des 15 buts » pour s'offrir, pourquoi pas, « la Ligue 1 avec Tours », voire un très bon transfert vers un grand championnat étranger, « l'Italie, l'Angleterre ou l'Espagne » nous indique-t-il en souriant. L'Espagne où évolue son meilleur copain, le Madrilène Mahamadou Diarra, alias « Djilla, qu'[il a] encore eu au téléphone la semaine dernière. Il était blessé. Je l'ai un peu rassuré mais je ne me fais pas de souci pour lui. Mahamadou sait ce qu'il veut et il dispose d'un gros mental. Il l'a prouvé par le passé que ce soit à Lyon ou au Real Madrid ».

En 1999, Tenema N'Diaye épaulé donc par ses vieux copains, dont le Barcelonais et ex-Lensois Seydou Keita s'était adjugé la troisième place du Mondial Junior. Consécration pour le Mali, et début des ennuis pour Tenema. En 2000, après avoir quitté son club formateur de Bamako, il opte pour Sfax en Tunisie, y gagne deux coupes nationales en inscrivant la bagatelle de 64 buts, avant de se perdre à Hong-Kong et dans les pétro-dollars des Emirats Arabes Unis. S'il avoue alors « avoir gagné beaucoup d'argent pour la famille restée au pays », sa première expérience en France au FC Grenoble (Ligue 2) tourne vite à l'échec. « C'est Max Marty qui m'avait repéré mais je suis arrivé dans le froid. Passer de 35 à moins 5 degrés n'a rien d'évident surtout pour un Africain ». Les changements d'entraîneurs feront le reste. « J'étais bien avec le premier, Thierry Goudet, mais quand Yvon Pouliquen est arrivé, j'ai senti qu'il ne tenait pas spécialement à moi. Il y a eu beaucoup de nouveaux joueurs. Pouliquen avait ses propres réseaux et je n'en faisais manifestement pas partie ». En 2007, et après une expérience de deux mois en Chine, qu'il qualifie de « sans grand intérêt », Tenema rentre donc à Bamako, le moral en berne. « J'avais presque tiré un trait sur une carrière en Europe. Je me destinais de nouveau au marché asiatique, quand j'ai appellé Max qui était devenu entre-temps manager du TFC. Il m'a aussitôt remis en confiance. Son discours m'a plu. On a passé un marché qui ressemblait fort à un échange de services. Le club avait besoin de moi, et j'avais également besoin de lui. Ça a tout de suite collé. » Dans une équipe renouvelée à 90 %, N'Diaye trouve très vite ses marques. A l'arrivée, 19 buts en 2007-2008 dont 12 en championnat, et la remontée immédiate en Ligue 2 pour Tours qui semble avoir trouvé en Tenema un avant-centre aussi rapide que puissant, le prototype de l'attaquant moderne car il peut jouer dans la profondeur et il a un très bon jeu de tête. Aussi grand que maigre, bon des deux pieds, il dispose d'une pointe de vitesse hors du commun même s'il affirme qu'il allait encore plus vite en 2000, quand une blessure au genou droit « est venue perturber sa progression ».

Seul bémol sa propension naturelle à multiplier les cartons rouges, un péché mignon trop longtemps entrevu l'an dernier, et qu'il entend modérer cette saison : « même si je sais que je suis parfois victime de ma réputation, je fais beaucoup plus attention à mon comportement. J'essaie de ne pas faire le geste de trop. Je ne veux pas pénaliser mes coéquipiers. Et puis si je veux marquer beaucoup de buts, je dois d'abord jouer beaucoup de matchs. » N'Diaye restait sur cinq buts et deux passes décisives quand une blessure aux adducteurs et au genou l'a tenu éloigné des terrains pendant deux semaines. A Strasbourg, il a signé une rentrée très moyenne ratant quelques grosses occasions de réduire la marque dans une équipe totalement étouffée par le pressing adverse et réduite à 10 après une demiheure de jeu (défaite 4-0). Pas de quoi inquiéter le serial buteur, qui voit le déplacement de ce week-end à Guingamp arriver avec gourmandise. Ces derniers mois, la vie semble de nouveau sourire à Tenema. En août dernier, après s'être marié en grande pompe à Bamako, il a eu les honneurs de l'équipe nationale avec des matchs contre le Soudan et le Congo. Depuis, le selectionneur nigérian Stefen Keshi lui fait régulièrement confiance. Lors du dernier match, décisif pour la suite des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010, il était titulaire contre le Tchad. Un poste inhabituel en milieu droit, et un souvenir énorme pour le tourangeau « qui a joué devant 50 000 personnes » et qui a même failli marquer. Failli seulement. "C'est moi qui frappe, mais le ballon est détourné au passage par Sidi Keita. Le but du 2-1 doit lui être redonné". En attendant N'Diaye veut encore marquer des buts pour Tours, histoire de rêver encore à l'élite. "depuis le début de la saison, l'objectif principal reste le maintien. Mais si on peut faire mieux, on n'hésitera pas. Je suis optimiste, on a un bon collectif, et ici il y a tout pour réussir."

Christophe Belhomme


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