Mortalité des abeilles : le cri d'alarme des apiculteurs 0
Publié le jeudi 30 juillet 2009 par : Tribune
C’est l’hécatombe dans de nombreux ruchers de la région Centre ! En Beauce, dans le Gâtinais et le Valde- Loire, certains apiculteurs déplorent entre 30% et 50% de perte de leurs colonies. Les butineuses tombent comme des mouches, certaines apparaissent «éteintes», d'autres «tremblantes». La piste des pesticides utilisés par les agriculteurs est à nouveau évoquée par les apiculteurs... Maryse Martin, apicultrice depuis 25 ans à Montierchaume (Indre), parle d'intoxication et note que le dernier épisode, générant «un tapis d'abeilles» il y a quinze 15 jours, est intervenu «juste après la floraison du tournesol». Le syndicat des apiculteurs du Centre et du Berry (120 adhérents) s’en inquiète. Agriculteur et apiculteur à Buxeuil (Indre), Jean-Michel Prompt, 50 ans, président du syndicat, a adressé un courrier au préfet le 12 juillet. Selon lui, «l’hécatombe» touche la moitié des ruches : «les abeilles ne veulent plus décoller, elles traînent sur le sol !»
Et ses soupçons se tournent vers les semences de tournesol, de leur enrobage avec deux produits fongicides systémiques, le Fludioxinyl et le Metalaxyl M : «Comme tout le monde, j’ai employé ces semences sans savoir que le Metalaxyl M n’a pas d’homologation. Les abeilles font moins de miel à cause des pesticides !» Le sujet reste sensible, le scandale des insecticides neurotoxiques Gaucho et Régent TS, interdits depuis 2004, a laissé des traces. Ainsi le syndicat des apiculteurs du Gâtinais et du Loiret reconnaît des mortalités mais se refuse à tout commentaire en attendant d’en savoir plus. Des prélèvements de la Direction Départementale des Services Vétérinaires (DDSV) et du Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV), dans les cheptels concernés, sont en cours d’analyse. Jean-François Billard, jeune apiculteur à Dammarie (Eure-et-Loir), loue 350 ruches par an à des agriculteurs pour polliniser leurs cultures en plaines de Beauce. Il confie s'être «habitué à avoir des mortalités. » Pour surmonter les pressions externes, il sélectionne des ruches «très fortes» de 55 000 abeilles (contre 40 000 individus en moyenne). Problème : «la mortalité est aujourd’hui supérieure à la normale, j'ai perdu 30% de butineuses et je ne sais pas si les colonies vont passer l’hiver.» Les traitements phytosanitaires de champs de maïs beaucerons par hélicoptère, observés en plein jour, pourraient – aidés par le vent - en être la cause. Mais il reste prudent : «j’ai toujours travaillé avec les agriculteurs, la plupart sont réglos, ce sont quelques-uns qui ternissent l’image de la profession.» Dans le Loiret, Florent Vacher, apiculteur et agent sanitaire apicole à La Ferté-Saint-Aubin, possède 2 000 ruches : «j’ai perdu entre 30 et 40% des butineuses pendant l’hiver. Elles se contaminent entre elles.» Soit un tiers du chiffre d’affaires qui part en fumée.
«En 10 ans, on a perdu la moitié du cheptel dans le département, on est passé de 30 000 à 12 000 ruches aujourd’hui. C’est une catastrophe écologique, s’il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus de fleurs, plus de plantes et plus d’hommes !» Antoine Quey, apiculteur amateur et non syndiqué à Saran, souligne la baisse de rendement de ses ruches à St-Cyr-en-Val : «j’avais une production de 750 kilos de miel de colza pour 15 ruches il y a 15 ans, je ne fais plus que 30 kilos pour le même nombre de ruches !» Dominique Ronceray, apiculteur à Saint- Benoit-sur-Loire, élu (Verts) à St-Jean-de- Braye et président de l’Association de Développement de l'Apiculture du Centre (ADAPIC), nuance. Victime d’une perte de 37% de ses colonies cet hiver au lieu de 5% habituellement, il distingue 4 problèmes sans pouvoir dire lequel prime sur les autres : les pesticides et insecticides systémiques, les mauvaises pratiques agricoles, la biodiversité en déclin et les parasites comme le Varroa. «Nous arrivons à l’endiguer mais difficilement, nous sommes confrontés à des problèmes de résistance aux traitements. » Quant au frelon asiatique, repéré en 2008 à Argenton-sur-Creuse (Indre), le Loiret reste pour l’instant à l’abri «mais nous le surveillons». Contre le syndrome d’effondrement des colonies, Guillaume Durand, apiculteur à Orléans, estime avoir trouvé la solution en déplaçant ses ruches des champs de cultures intensives, pour des lieux tels que le parc floral de La Source, quitte à produire en moins grande quantité: «continuer à mettre des ruches à proximité des cultures intensives, c’est comme coucher avec une fille sans préservatif ! Ici, il n’y a pas de pesticides et mes abeilles sont en pleine forme.» C'est tout le paradoxe : les abeilles des villes, d’Orléans ou de Chartres, affichent une meilleure santé que les ouvrières des campagnes alentours. La profession s'attend à des récoltes perturbées cette année.
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