Les imprimeurs du Loiret se font un sang d'encre 0
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Publié le jeudi 15 avril 2010 par : Tribune

Catégories : économie

 Partout en France, les défaillances d’imprimeries se succèdent. Dans le Loiret, l’industrie graphique traverse aussi une crise sans précédent : les imprimeurs sont en perte de vitesse et tentent de s’orienter vers de nouveaux ma... Partout en France, les défaillances d’imprimeries se succèdent. Dans le Loiret, l’industrie graphique traverse aussi une crise sans précédent : les imprimeurs sont en perte de vitesse et tentent de s’orienter vers de nouveaux marchés. Grosse déprime pour les imprimeurs ! Dans le Centre, 2e région de France du secteur en nombre de salariés (4976 en juillet 2009 selon l’Union nationale de l’imprimerie), les difficultés des professionnels s’accentuent. Entre 2008 et 2009, les entreprises du Loiret ont connu une baisse d’activité en moyenne de 15 à 20%, sachant qu’au plan national quelque 6400 emplois ont été perdus en 14 mois dans l’imprimerie. Le relieur Brun (11,5 millions de chiffres d’affaires en 2009, en chute de 30% par rapport à 2008) basé à Malesherbes près de Pithiviers, présente une santé fragile. En octobre, il a résisté à une procédure de redressement judiciaire du groupe Qualibris qui avait déposé le bilan en 2008. Mais pour combien de temps ? Plus récemment, trois imprimeries du groupe Laski (420 salariés, 60 millions d’euros de chiffre d’affaires), dont l’imprimerie Mame à Tours perdrait 150 000€ par mois, ont été placées en redressement judiciaire le 31 mars. Les perspectives se dessinent à l’encre noire : deux plans sociaux d’ici la fin 2010. Dans le Loiret, «la situation ne s’améliore pas», résume Daniel Nadeau, représentant du Groupement régional administratif des imprimeurs du Centre (GRAIC) et ancien PDG de l’Imprimerie Nouvelle à St-Jeande- Braye. «En 10 ans, on a divisé par deux le nombre d’entreprises et de salariés. Il y a un transfert du papier vers l’électronique et les grandes entreprises, qui sont surtout dédiées à l’édition, sont mono marché malgré leur savoirfaire », explique-t-il. Or si le roman résiste, il ne représente que 5% du marché et les beaux livres dits «intemporels» sont de moins en moins imprimés dans l’hexagone. «La majorité a migré vers des pays low-cost tels que la Hongrie, la République Tchèque et les pays d’Asie qui mettent en avant des coûts de fabrication très inférieurs à ceux de la France. La reliure est sinistrée et l’imprimerie doit s’adapter !», souligne Daniel Nadeau. Quatrième imprimeur de France selon le Graphorama 2008, Maury dont le siège est à Malesherbes (200 millions de CA en 2009, 1000 salariés dans le Loiret) enregistre un très léger regain début 2010. Spécialisée à 70% sur l’impression de magazines, à 20% sur les livres et à 10% sur les catalogues publicitaires, la société a néanmoins été confrontée à un recul d’activité de 17% en 2009. «Les investissements sont figés, nous faisons le dos rond», reconnaît Jean-Paul Maury, le PDG. «Ce n’est pas la Bérézina mais ce n’est pas la joie non plus.» Ce dernier milite pour la création d’un label France et un retour du «civisme» : «les étrangers profitent de notre laxisme de pénétration ! L’écart de coût de la main d’oeuvre est de 70% entre la France et la Pologne, c’est scandaleux ! Rapatrions ce qui est fait à l’étranger, la solution est entre les mains de chaque patron, défendons nous égoïstement!» A St-Jean-de-Braye, l’imprimerie Nouvelle (groupe Jouve) compte 75 salariés depuis le plan social et les 9 emplois supprimés en février 2009. Entre 2008 et 2009, l’entreprise tournée vers les catalogues, connaît un recul de 17% (8,8 millions de CA en 2009 contre 10,1 en 2008). «Les prix et la pagination ont baissé», témoigne Pierre Lange, directeur général. Pour relever la tête, la société a investi dans des process qu’elle sous-traitait, tels que le façonnage et le surfaçage, ramenant ainsi de la valeur ajoutée en interne. Les imprimeries spécialisées dans la presse ne sont pas épargnées. A Saran, Roto Centre (22 équivalents temps plein, 6 millions de CA en 2009), détenue à 45% par la République du Centre et à 55% par la NRCO, imprime 55 millions de journaux par an, 1,3 million par semaine, et enregistre une baisse de résultat de 25%. Alors que l’entreprise imprimait en moyenne 28 pages par support en 2008, elle n’en réalise plus que 24, avec 10% d’exemplaires en moins. «Dans nos métiers, les capacités sont surabondantes», souligne Marc Ducatillion, le directeur. Une fusion avec l’imprimerie de La République du Centre (48 salariés), située à 200m, se profile : d’un côté, Roto Centre présente un taux de charge machines de 50%, l’imprimerie de la Rep’ 25%... Le groupe Centre France La Montagne a mandaté un cabinet extérieur pour étudier les différents scénarios. Le résultat devrait être connu dans les prochaines semaines. Dans tous les cas, la casse sociale paraît inévitable. Quant à l’avenir du secteur, il se situe du côté des connexions entre le papier et le web, et des nouveaux services, selon Pierre Lange de l’Imprimerie Nouvelle. «Le papier ne sera jamais remplacé», estime toutefois Marc Ducatillion, «mais les volumes vont beaucoup baisser et les marchés de niche vont prendre de l’importance».

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