Les entreprises face à une hausse des impayés 0
Publié le vendredi 26 mars 2010 par : Tribune
Alors que les
dossiers de surendettement ont
bondi l’an dernier(1), les entreprises
voient leurs impayés augmenter.
Les huissiers et sociétés de recouvrement
enregistrent aussi une
progression de leur activité.
La hausse des impayés déstabilise la trésorerie
des entreprises ! 1468 injonctions de payer,
cette procédure judiciaire rapide qui permet
à un créancier de contraindre son débiteur à honorer
ses engagements, ont été enregistrées dans le
Loiret en 2009 par le tribunal de commerce d’Orléans,
contre 1231 en 2008, soit un bond de 19%. Et
entre le 1er janvier 2010 et fin février, ce sont déjà
169 entreprises qui se sont tournées vers le greffe
du tribunal de commerce pour contraindre un débiteur
à honorer une créance. «Les chefs d’entreprise
le disent tous», confirme Bernard Dubois, président
de l’Union de entreprises du Loiret (UDEL), «il y a
plus d’impayés qu’avant et ils ont du mal à obtenir le
remboursement».
Depuis un an et demi, Patrick Renard, gérant de
la société de recouvrement CIREC à Meung-sur-
Loire, connaît une hausse d’activités de 30%. «Tous
les secteurs d’activité sont touchés, du petit artisan à
la grosse PME. Quand il s’agit de 10 ou 15 impayés
par semaine, que vous avez 10 000€ dans la nature
et un carnet de commandes qui s’étiole, ça peut représenter
entre 50 et 60% du chiffre d’affaires d’une
entreprise sur 2 mois et ça devient dur à gérer !» Ce
qui laisse supposer qu’un certain nombre de défaillances
d’entreprises, 283 liquidations et 170
redressements judiciaires en 2009 dans le Loiret
(contre 245 liquidations et 174 redressements en
2008), ont pu être précipitées par une accumulation
d’impayés…
Ainsi, même si 80% des dossiers sont réglés à
l’amiable, «c’est très tendu sur le terrain», témoigne
Gildas Cailler, directeur d’ACIREM Recouvrement
à St-Pryvé-Saint-Mesmin. «Le principe c’est de
rester sympa mais j’ai des clients qui tirent la langue
et qui pour la première fois de leur vie se retrouvent
à découvert. Car il ne faut pas oublier l’effet domino,
derrière 2000€ d’impayés, il y a un salaire et demi
!» Les échéanciers sont donc plus longs et Gildas
Cailler indique qu’il faut davantage argumenter, notamment
sur l’intérêt financier de régler avant une
procédure pénale.
Stéphane Lecellier, huissier de justice à Orléans,
note une augmentation de +10% de la masse des
dossiers de recouvrement. Compte tenu de la
conjoncture et aussi, souligne-t-il, depuis la nouvelle
carte judiciaire. «Il y a aussi une paupérisation
des débiteurs. Il y a 15 ans, on encaissait mieux une
dette. Aujourd’hui avec le chômage qui s’accroît, les ménages
sont endettés ou surendettés et ça nous pose
des problèmes. Au lieu de 100€, on va encaisser 10 ou
20€…» Le tribunal de commerce note toutefois
que dans «95% des cas d’injonctions de payer», en
2009, les débiteurs ont effacé leur dette, soit 5%
d’opposition.
Les astuces pour minimiser le risque ? «Il faut relancer
régulièrement les mauvais payeurs et ne plus les
livrer. Une entreprise doit savoir avec qui elle travaille et
ne jamais faire plus de 10% de chiffre d’affaires avec un
seul client», estime Serge Aubailly, président régional
de l’ordre des experts comptables. La chambre des
métiers et de l’artisanat ne remarque pas d’explosion
des impayés mais sensibilise à l’importance de
bien remplir un devis. «Il faut les faire signer avec le
nom et prénom de monsieur et madame et ne pas attendre
plus de 3 ou 4 mois. L’huissier aura plus de chance
de se faire payer des créances fraîches», résume
Stéphane Lecellier. D’autant que les banques financent
de moins en moins le retard ou l’impayé…
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