Les collectivités redoutent la pénurie de crédits 0
Publié le jeudi 09 février 2012 par : Tribune
FINANCES En 2012, 50% des besoins des collectivités pourraient ne pas être couverts en France. En raison d'un manque de liquidités, les banques se montrent frileuses face à des emprunts à long terme qui leur rapportent peu. Et dans la région, l'enveloppe débloquée par l'Etat à la Caisse des dépôts et consignations est déjà consommée pour le premier trimestre.
«À partir de maintenant, si des communes m'appellent, je vais devoir leur dire non !» Pour le premier trimestre 2012, Christian Baudot, directeur administratif et financier à la direction régionale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), disposait d'une enveloppe de 25 millions d'euros pour les prêts aux collectivités de la région. «Celle-ci est déjà entièrement fléchée. Et y aura-t-il une nouvelle enveloppe au mois de mars ? Ca n'est pas évident, surtout en période pré-électorale !» À la mi-novembre, une première enveloppe avait déjà été débloquée par l'État, représentant 101 M€ pour la région.
Objectif : permettre aux collectivités de financer leurs investissements 2011 et les premiers de l'année 2012, face à leurs difficultés à décrocher des crédits bancaires. «Le plupart du temps, les collectivités viennent nous voir dans une logique de dernier recours, car les banques leur ont dit non !» confirme Christian Baudot, qui parle d'une situation inédite. «Fin 2008, nous étions confrontés au même type de problème. Mais nous n'avions eu à prêter que 27 ou 28 M€ au total !»
«Il y a de réelles craintes» témoigne Xavier Deschamps, président de l'association des maires du Loiret. «Dès qu'on parle d'un projet important, qui dépasse les 2 M€, la qustion se pose». Exemple au Conseil général du Loiret : «un programme d'emprunts de 100 M€ a été lancé au mois d'octobre», raconte le conseiller général PS et maire de Saint-Jean-de-Braye David Thiberge. «Onze banques ont retiré un dossier. Mais seules trois d'entre elles ont donné une réponse, la première sur 3 M€, les deux autres sur 20 M€». Pour sa commune, David Thiberge dit avoir eu la chance d'avoir signé un prêt à un taux intéressant au début de l'année 2011, mais s'attend «à des taux très supérieurs en 2012. Mais la ville est très peu endettée. Si on veut réaliser l'espace Anne Franck en 2012, on le fera, quitte à ce que ça nous coûte un peu plus cher!» Idem à Fleury, où la mobilisation d'un emprunt important signé il y a plusieurs années va permettre de faire face aux investissements de 2011 et 2012. «Ca pourrait devenir plus compliqué à partir du 2e semestre 2013», indique prudemment l'adjoint aux finances Jean-Pierre Barnoux. À Orléans, la dette avait été souscrite en amont. «Pour 2012, nous aurons simplement un petit complément à faire de l'ordre d'1 M€, donc je ne m'inquiète pas», rassure Michel Martin, maire-adjoint en charge des finances. Quant à l'AgglO, «le financement du tram était fixé dès juin 2008», assure son président Charles-Eric Lemaignen.
Une seule certitude pour 2012 : «l'argent va coûter plus cher !» estime Jean-Michel Pellé, cadre au sein de la Caisse d'Epargne et adjoint aux finances d'Olivet, où les investissements se feront cette année «sur fonds propres».
Laurent Clergue, responsable des collectivités publiques pour le Crédit Agricole Centre-Loire, invoque «les ratios préconisés par les accords de Bâle III». Ces normes pénalisent les financements longs qui ne sont pas adossés à des ressources stables comme les dépôts bancaires.
Une problématique que rencontrent les petites comme les plus grandes des collectivités. «On vient de préempter une propriété que l'on veut réhabiliter en logements sociaux. J'espère que les demandes de financements et de subventiosn suivront !», témoigne Nicole Wojcik, maire de la petite commune de Bou (900 habitants). La Région Centre a elle préféré mettre toutes les chances de son côté, en annonçant fin 2011 le lancement d'un emprunt obligataire auprès des particuliers, d'un montant situé entre 20 et 30 M€, qui pourrait intervenir au 2e semestre 2012. «Aujourd'hui, toutes les collectivités constatent une
raréfaction des crédits», explique Jean-Marie Beffara, vice-président de la Région Centre en charge des finances. «En ce qui concerne la Région, nos besoins sont sécurisés au moins jusqu'à fin 2012. Mais la prudence nous a amené à proposer cet emprunt auprès des particuliers. L'objectif est également de donner aux habitants de la Région le sentiment de s'investir dans leur territoire».
Les banques se veulent malgré tout rassurantes : «il était exclu pour nous de nous retirer du marché des collectivités», affirme Laurent Clergue. «Alors que pour une année normale, nous distribuons 80 à 90M€ de crédits, nous leur avons en 2011 accordé 142 M€. Et l'objectif est de continuer sur la même ligne en 2012, en maintenant notre part du marché des collectivités, soit 25 à 26%. Mais pas au-delà», prévient-il. «Et les taux seront nettement réhaussés, avec un examen des dossiers particulièrement vigilant sur l'existence ou non de prêts toxiques chez la collectivité demandeuse».
Michèle Colombel
L'agence de financement des collectivités en attente
En septembre dernier, l'Association des maires de France avait émis le projet d'une agence de financement des collectivités, permettant à celles-ci de sécuriser et de diversifier leurs sources de financement. Un dossier notamment porté par le président de l'AgglO Charles-Eric Lemaignen, qui indique que les discussions avec Bercy bloquent pour l'heure toute possible avancée du projet. «La question de la garantie de l'Etat se pose, alors qu'il n'en avait pas été question auparavant», regrette-t-il. «On voit bien que le ministère des Finances voit d'un assez mauvais oeil le fait que les collectivités partent seules dans ce projet. L'esprit derrière tout ça est d'estimer qu'en donnant moins aux collectivités, elles dépenseront moins».
Le gouvernement planche quant à lui sur un projet de nouvel établissement public issu d'un rapprochement entre la CDC, La Banque Postale et Dexia. Mais celui-ci ne pas sera effectif au mieux avant le mois de juin, et «avec des encours de prêts pour le moins instables !» rappelle Christian Baudot, directeur administratif et financier à la direction régionale de CDC.
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