Les châteaux de la région attirent de plus en plus d'étrangers fortunés 0
Publié le jeudi 04 mars 2010 par : Tribune
Catégories : société
L’appétit des investisseurs étrangers pour
les vieilles pierres va crescendo ! Ils
sont nombreux à lorgner les belles
demeures, plus seulement celles de Paris
mais aussi les châteaux du Loiret et les
manoirs solognots. Il s’en est d'ailleurs fallu
de peu pour que le château de Meung-sur-
Loire, classé monument historique, ne soit
racheté par un Russe. Mis en adjudication
début février, le château vient finalement
d’être vendu, il y a quelques jours, à un
Français… Selon le groupe Barnes, 50% des
transactions entre 1 et 5 millions d’euros ont
été trustées, en 2009, par des étrangers,
contre 30% en 2008. Et au dessus du seuil de
5 millions d'euros, 70% des acheteurs
seraient des étrangers. Problème : les
demeures prestigieuses risquent de perdre
leur identité en changeant de plus en plus
souvent de mains... «La pression fiscale est
devenue très forte et la valeur “chasse” des
parcelles de terrain est prise en compte par
les services fiscaux», souligne Olivier De
Charsonville, représentant de l'association
des Vieilles maisons françaises (VMF) dans le
Loiret. «Du coup, il y a le problème de la
transmission entre générations, les bâtiments
changent de mains tous les 20 ans et il n’y a
plus d’enracinement, ça déconnecte le lieu de
la vie locale et nous risquons de devenir une
vallée de Chevreuse bis, avec un appauvrissement
de nos ressources.»
Cas concret, place du Martroi, à Meung-sur-
Loire. Alors que la propriétaire actuelle,
Evelyne Ramblier, réclamait initialement
4,5 millions d’euros pour son château, après
dix ans de travaux, un investisseur russe a fait
une proposition à 3 millions d’euros. Mais,
revirement de situation, 600 parts de la SCI
gestionnaire du château ont été saisies par la
banque, sur adjudication, il y a quelques
semaines. Ce qui aurait fait fuir l’acquéreur
potentiel, selon la propriétaire. Le château,
connu pour avoir été la résidence de plus de
50 évêques, vient finalement d’être adjugé
aux alentours de 2 millions d’euros à un
Français. «Comme il y a eu une adjudication,
il a fallu vendre vite», explique une source
proche du dossier, et tenir compte des travaux
de la toiture, urgents vu le nombre de bassines...
Si, officiellement, la propriétaire dit
moins tenir à l’argent qu’au fait que le château
puisse rester ouvert au public, le prix de vente
révèle que les acheteurs sont maîtres du marché.
«Il y a beaucoup de biens en vente et les
prix ont baissé de 10 à 25% depuis l’automne
2008, sur les résidences secondaires dans la
vieille pierre», témoigne un agent commercial
tourné vers le haut de gamme, sous couvert
de l’anonymat. «Le marché tourne au ralenti,
les gens qui ont de l'argent ont perdu beaucoup
avec la crise et réfléchissent beaucoup
avant de se lancer.» Depuis janvier, les visites
reprennent cependant, «il y a un retour à l’immobilier
foncier, moins dangereux que la
bourse». Mais les délais de réalisation des
transactions s’allongent, «de 4 mois auparavant,
nous sommes passés à entre 8 et 12
mois», indique-t-on au sein de l’agence
Metzger Immobilier à La Ferté Saint-Aubin.
A Chaingy, le château du Bézy qui abrite
depuis 50 ans l’internat de la Maison familiale
rurale et d’éducation (MFR) du Bézy a aussi
été mis en vente, avec 1,5 hectares de parc, il
y a quinze jours. «Nous avons fait le choix de
construire à côté, les charges sont devenues
trop importantes», explique Nicolas Legrand,
directeur adjoint de la MFR. Le prix de vente
affiché tourne autour de 700 000€, mais sans
compter les travaux de rénovation à l’intérieur.
Les étrangers fortunés restent, eux, potentiellement
très intéressés par les châteaux de la
région. A tel point qu’il y a trois mois, le groupe
Barnes, spécialisé dans l’immobilier de luxe, a
créé une section “Châteaux et propriétés”.
Stéphane Salin, le directeur de la section,
connaît bien la région pour y avoir visité plus
de 70 châteaux et dit avoir déjà «rentré»,
dans son portefeuille clients, quelque 35 propriétés
dont 15 châteaux. Son constat est
sans équivoque : «Autant à Paris et à Neuilly
c’est la foire d’empoigne, autant les châteaux
il en y a partout. Mais les trois quarts du
temps, ils sont en piteux état, les propriétaires
n’ont pas les moyens d'entretenir, ils veulent
se rapprocher d’une ville.» Or son créneau à
lui se situe spécialement du côté de la clientèle
étrangère : «La clientèle française est très
réduite et a tendance à vouloir aller à l’étranger,
à Miami ou à New-York. Les étrangers
veulent le confort,la modernité, je connais un
Russe qui a acheté un château dans l’Orne et
a fait installer une piste de bowling. La carte à
jouer c’est de proposer un lieu clé en main.
Les étrangers, notamment les Russes, les
Indiens et les Asiatiques, les vieux meubles ils
s’en fichent. Ils cherchent l’achat plaisir pour
dire qu’ils ont un château en France et ils veulent
du bling bling !» Avec, si possible, une
gare ferroviaire ou un aéroport à proximité…
sans renoncer au bon vieux troquet et à la
boulangerie typiquement française.
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