Les agriculteurs broient du noir 0
Publié le mercredi 14 avril 2010 par : Tribune
AGRICULTURE
Les craintes du monde agricole se confirment: avec des cours au plus bas et des stocks au plus haut, les dettes s’accumulent. Selon la FDSEA, un quart des agriculteurs du Loiret pourraient disparaître fin 2010.
Après une baisse de plus de 50% de leurs revenus en 2009, les exploitations agricoles du Loiret tanguent de toutes parts. A tel point que Michel Masson, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Loiret, joue quotidiennement «les assistantes sociales», auprès d’agriculteurs étranglés, «pour assouplir les lignes de trésorerie devant les banques». Une première dans un secteur qui pendant des lustres, sauf accident climatique, semblait à l’abri de la crise. Les coups de massue se multiplient depuis quelques semaines, les demandes de Revenus de solidarité active (RSA) explosent. Selon une enquête de la Direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) du Centre, réalisée début avril 2010 auprès des caisses MSA, la protection sociale du monde agricole, 328 exploitations de la région Centre perçoivent le RSA, dont 39 dans le Loiret, 64 en Indre-et-Loire et 108 dans le Cher. «Le plan d’urgence gouvernemental (mis en place le 17 novembre) a été un ballon d’oxygène mais nous avons l’impression que la situation se dégrade», indique sobrement Isabelle Chmitelin-Casset, directrice régionale de la DRAAF. Les demandes d’aides, débloquées fin mars, se sont envolées : 5059 dossiers de prêts de trésorerie ont été déposés en novembre et fin février, sachant que la région compte environ 17 000 exploitants professionnels, le Loiret 3500, et que 113,8 millions d’euros ont été versés à ce titre dans le Centre. 7,1 millions d’euros ont par ailleurs été accordés depuis novembre en région Centre au titre du Fonds d’allégement des charges (FAC) des agriculteurs, ce qui représente 3906 dossiers reçus, dont 780 dans le Loiret. Tous les secteurs sont déréglés, hormis le sucre et le colza oléagineux, porté par les biocarburants. Les producteurs de lait, qui sortent d’une année 2009 très difficile, connaissent un léger mieux mais «20 à 25%» des 200 exploitants du Loiret (ils étaient 450 en 1994, plus de 1000 en 1984) sont «dans le rouge», selon Bruno Verkest, président de la section lait à la FDSEA et producteur à Chatillon-sur-Loire. Après avoir manifesté à Gien contre l’industriel Lactalis, le 30 mars, le prix de base du lait, payé aujourd’hui à 290€ la tonne augmentera toutefois de 7 à 8€ au 2e trimestre. «On s’en sort tout juste», résume Bruno Verkest. «La vraie problématique c’est la dérégulation européenne, depuis 4 ans, on nous augmente les quotas ce qui crée des surplus de volume. Il y a 20 ans, le lait était stable, il permettait d’obtenir le SMIC, aujourd’hui il n’y a plus cette stabilité et les rentrées moyennes tournent autour de 700€.» Du coup, les jeunes ne s’installent plus et 12% des producteurs de lait arrêtent chaque année leur activité. Les céréaliers sont les plus touchés. Après des années 2007 et 2008 rémunératrices, «les prix des grains ne cessent de chuter», souligne Xavier Beulin, président de la chambre d’agriculture du Loiret et 1er vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Le blé se négocie à peine 100€ et l’orge 80€ la tonne. «On vend le quintal de blé à 60% de son coût de production !», déplore Michel Masson. Surtout, il n’y a plus de filet de sécurité, selon Xavier Beulin : «avant il y avait une intervention publique de l’Europe pour garantir un prix minimum, ça n’existe plus que de manière marginale et des pays comme la Pologne, la Hongrie ou encore la République Tchèque font du dumping avec des coûts de revient inférieurs aux nôtres.» La France croule sous ses stocks, évalués à 11 millions de tonnes, pour moitié de blé, pour moitié d’orge et de maïs, et les agriculteurs cherchent à mettre le paquet pour exporter notamment vers l’Egypte et l’Algérie. Mais la Russie et l’Ukraine se sont déjà placés… «Il faut des mesures publiques», estime Xavier Beulin, «notamment des aides à l’export». Si rien ne change au niveau des cours, Michel Masson de la FDSEA s’attend à un automne noir avec des dépôts de bilan : «On peut perdre un quart des agriculteurs dans le Loiret fin 2010 ! Certains creusent un trou catastrophique et n’ont pas séparé leur patrimoine privé de l’exploitation.» Sans attendre, Michel Masson en accompagne certains vers la sortie du métier. Pour éviter de nouveaux drames : «on n’en parle pas mais il y a un mois, un gars s’est accroché à une corde dans sa grange.» Ce n’était pas la première fois depuis le début de l’année dans le Loiret...
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