Les abeilles meurent par millions 0
Publié le vendredi 30 avril 2010 par : Tribune
Les apiculteurs ont sorti leurs ruches d’hivernage et c’est l’hécatombe dans les ruchers du Loiret. En moyenne, un tiers de chaque cheptel est au tapis. Les produits phytosanitaires sont pointés du doigt. Plusieurs dizaines de millions d’abeilles n’iront pas butiner dans le Loiret ! Comme c’est le cas depuis quelques années en fin d’hivernage, des «tapis d’abeilles» - dans le meilleur des cas des abeilles moribondes - ont encore été jetés à la poubelle par une bonne partie des 898 apiculteurs du Loiret. Selon Dominique Ronceray, apiculteur à Saint-Benoîtsur- Loire et président de l’Association pour le développement de l’apiculture en région Centre (ADAPIC) qui réunit 50 adhérents, le taux de mortalité atteint les 30% en moyenne dans la région Centre et le Loiret cette année: «C’est très hétérogène, dans l’Indre la moyenne tourne autour de 30 à 35%, 50% en Eure-et-Loir, voire 80% dans la région de Vendôme dans le Loiret- Cher. Depuis trois ans, les chiffres sont stables mais il y a 15 ans, je perdais 4 à 5 ruches sur 100 l’hiver». En clair, selon lui, seuls 5% des décès seraient «normaux», liés notamment aux conditions météos. Micheline Carré, apicultrice à Marcilly-en-Villette et présidente du syndicat des apiculteurs du Gâtinais et du Loiret qui réunit 141 adhérents, confirme qu’environ 40% des 19 415 ruches déclarées à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP, l’ex DDSV) ont été décimées. Ce qui veut dire que certains apiculteurs ne déplorent que 5% de perte quand d’autres en constatent jusqu’à 90%. «Cela devient problématique, il y a du découragement», témoigne Micheline Carré. Denis Pioger, apiculteur à Coulmiers et président du groupement de défense sanitaire apicole du Loiret (GDS 45), vient de perdre 120 de ses 450 ruches. Chacune contenant environ 20 000 abeilles d’hiver, c’est-à-dire celles qui vivent cinq à six mois contre 45 jours environ pour leurs collègues butineuses, cela signifie la mort de plus de 2,4 millions d’insectes. «A mon avis c’est surtout lié aux pesticides qui affaiblissent les abeilles», estime Denis Pioger, «les abeilles d’hiver vivent moins longtemps et du coup les survivantes ne parviennent plus à maintenir la température idéale à l’intérieur de la ruche». Pour Dominique Ronceray, qui a assisté au congrès mondial de l’apiculture en novembre dernier à Montpellier, l’origine du désastre repose sur la conjonction de trois éléments. D’une part, les problèmes environnementaux, via les pesticides. D’autre part, les problèmes de biodiversité : «en Beauce c’est super il y a du colza en ce moment ! Mais il y a de grandes périodes de carence ensuite, alors qu’avant il y avait du trèfle et des prairies… En Sologne aussi la bruyère diminue, les paysages se ferment, il n’y a plus de troupeaux de moutons», et de plus en plus de forêts de sapins. Enfin, l’élu Verts de Saint-Jeande- Braye rappelle que le varroa, un parasite de l’abeille, peine à être endigué : «nous avions un produit efficace mais le varroa s’y habitue et il y a un manque important de moyens financiers pour rechercher de nouveaux produits.» Conséquence de cette situation, sachant qu’un essaim coûte environ 100€ contre 60€ il y a quelques années : le manque à gagner se creuse pour les apiculteurs et il se murmure que cela favorise les vols de ruches, en recrudescence dans certaines régions. «Si j’achetais tout à l’extérieur, je perdrais 30 000€ cette année», confie Dominique Ronceray qui renouvelle lui-même une part de ses essaims : «le problème c’est que les ruches sont plus sollicitées, au début je faisais trois récoltes par an, aujourd’hui il m’en faut quatre pour que ce soit rentable ! Maintenant pour que l’exploitation soit viable il faut remplacer les reines tous les deux ans, contre trois ans auparavant.» Plusieurs professionnels constatent par ailleurs que les plus gros dégâts se situent près des zones de monoculture. Et, paradoxalement, moins souvent en ville. «Nous avons 6 ruches au jardin des plantes à Orléans et elles sont en très bonne santé !», souligne Micheline Carré. Dans la même catégorie
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