L'interminable naufrage d'Orléans TV 0
Publié le jeudi 12 novembre 2009 par : Tribune
Des salariés en grève depuis le 26 octobre, un dépôt de bilan le vendredi 6 novembre... Et mardi 9 novembre, le tribunal de commerce d'Orléans a placé Orléans TV (11 salariés à temps plein) en redressement judiciaire avec une période d'observation jusqu'au 16 décembre, sans poursuite d'activités. Après deux ans d'existence, la chaîne de télévision locale, lancée par le Groupe Hersant Media (GHM) en 2007 avec un effectif de 22 salariés, n'en finit plus de cumuler les pertes d'exploitation. En 2008, face à une situation déjà catastrophique, GHM décidait de se désengager abandonnant le rôle d'opérateur industriel au quotidien régional La République du Centre, toujours suivi par les autres actionnaires d'Orléans TV, la Nouvelle République du Centre-Ouest, Le Crédit Agricole et la Caisse d'Epargne. Très vite, faute de perspectives de développement de chiffre d'affaires, les actionnaires avaient entamé un virage stratégique en exigeant de faire une télé moins cher.
Remisés au placard les rêves ambitieux de télé d'informations locales, les banquiers commençaient à s'impatienter, le succès d'estime se faisait attendre. Les pertes continuaient de filer en dépit de suppressions d'emplois. Résultat : Une rédaction dépourvue de rédacteur en chef, des journalistes de moins en moins nombreux dans des locaux surdimensionnés. Et un cahier des charges imposé par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel qui devenait impossible à tenir, faute de moyens... Reste que les déboires d'Orléans TV viennent s'ajouter à la liste de plus en plus longue des télévisions locales disparues, en liquidation judiciaire ou à la recherche d'un repreneur. De l'Alsace à Caen, en passant par Toulouse et Nantes, c'est le même constat : le naufrage est général. Impossible de trouver les ressources publicitaires suffisantes pour alimenter une télévision dont le budget d'exploitation tourne bon an mal à hauteur de près de deux millions d'euros. Et les quotidiens régionaux, qui tous ou presque se sont engagés dans l'aventure, retrouvent avec horreur un scénario qui ressemble fort aux années 80, la grande époque de l'aventure des radios locales.
Avec un fiasco général. Mais les temps ont changé, en cette fin 2009, les quotidiens régionaux sont fragilisés comme jamais et leur capacité à soutenir des entreprises structurellement déficitaires comme les télés locales s'est singulièrement atténuée. Un euphémisme. Aujourd'hui, faute de modèle économique viable, les actionnaires banquiers se détournent des télés locales. Ironie de l'histoire, pour maintenir un programme de diffusion conforme à leur cahier des charges, les télés sont condamnées à tendre la main en direction des collectivités locales... Avec parfois un résultat étonnant : des Conseils régionaux, contrôlés par des élus PS, qui n'ont cessé pendant des décennies de dénoncer les monopoles d'information régionaux, sont invités à renforcer ces mêmes monopoles d'information en subventionnant aux frais du contribuable, par centaines de milliers d'euros voire de millions d'euros des télés locales dont les perspectives d'avenir face à Internet et aux développement des chaînes nationales de TNT apparaissent bien minces. Le 16 décembre prochain, le tribunal de commerce d'Orléans devrait se prononcer sur le sort d'Orléans TV. Un repreneur, dont l'identité n'a pas été dévoilé, serait sur les rangs... Pour quel projet de télévision ? Telle est la question.
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