Jean Germain : l'itinéraire improbable d'un élu aux fidélités intactes 0
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Publié le mercredi 14 janvier 2009 par : Tribune

Catégories : Actualités

Jeune, je voulais être marin. J'avais envisagé l'école Navale mais avec ma myopie... ». Le fils de l'entreprenant et patriote pâtissierrestaurateur de Bourgueil, né au pied de la cathédrale de Tours, ne sera pas capitaine au long cours... Une bana... Jeune, je voulais être marin. J'avais envisagé l'école Navale mais avec ma myopie... ». Le fils de l'entreprenant et patriote pâtissierrestaurateur de Bourgueil, né au pied de la cathédrale de Tours, ne sera pas capitaine au long cours... Une banale affection oculaire en a décidé autrement. Auparavant, Jean Germain avait bien tenté de mettre ses pas dans les pas de son père en préparant un CAP de pâtissier. Mais les Polonaises et les Paris-Brest ne comblaient ni les sens ni les aspirations intellectuelles d'un jeune homme prometteur. De cette prime jeunesse, il gardera une incroyable simplicité de contact... Fini la pâtisserie, adieu le grand large, Jean Germain n'avait plus qu'à s'inventer un avenir. Il lui suffisait de suivre les recommandations d'une grand-mère maternelle adorée et très présente...Isabelle, issue d'un milieu fort modeste, devint cuisinière à l'Elysée et décrocha son baccalauréat à la fin du XIXème siècle. La grand-mère répétait à l'enfant lors des promenades face à l'Hôtel de ville : « il faut travailler et si tu veux tu pourras être maire de Tours ». Jean Germain fut marqué au fer rouge par cette grand-mère catholique, pétillante d'intelligence et pétrie de modestie... La fidélité à ses racines comme ligne de vie. Et souvent, depuis son bureau de l'Hôtel de ville de Tours, il aime à préciser aux interlocuteurs qui essaient de comprendre sa retenue affichée : « Donner des leçons aux gens, non merci. Un blog, pour dire que j'ai mal dormi la nuit... Je ne suis pas un people, ce qui m'importe, c'est le fond... Nous sommes payés pour être intelligents. Le sujet n'est pas d'être connu mais d'être reconnu pour ce que l'on fait au service du collectif ». Le maire socialiste de Tours déteste « les gens qui parlent haut et fort, les personnalités qui affichent leur ego », il goûte fort peu « les codes de communication en vigueur à Paris » et cultive le culte de l'efficacité et du sérieux... On pourrait y voir de la démagogie... Mais l'inconvénient - ou l'avantage - avec Jean Germain, c'est que des phrases qui pourraient sonner plutôt faux chez d'autres arrivent à toucher juste chez lui. Les racines sont là, omniprésentes. Comme si la terre tourangelle ne pouvait mentir. Lui connaît sur le bout des doigts sa ville de Tours, ses rues, ses habitants et il sait leur parler comme personne. Du maire Jean Germain, l'on dit au hasard des bistrots, « c'est un malin ». Curieuse réflexion pour commenter l'agilité intellectuelle d'un maître de conférences en droit public, spécialiste de finances publiques et de droit constitutionnel et ancien directeur de cabinet - de 1988 à 1993 - d'un secrétaire d'État à la formation professionnelle nommé André Laignel... Mais voilà pourquoi Jean Germain, le professeur d'université, le socialiste mitterrandiste depuis 1971, le « franc-maçon élevé chez les jésuites de St-Grégoire » a su par trois fois, et depuis 1995 avec des résultats électoraux chaque fois en hausse, conquérir la ville de Tours qu'il incarne depuis des années avec une fausse bonhommie tranquille. Car Jean Germain, homme de consensus, est d'abord un patron autoritaire et mordant, un élu particulièrement combattif. Renaud Donnedieu de Vabres en sait quelque chose, qui a dû essuyer des années durant lesmots cinglants du maire de Tours. C'est que fidélité aux racines, toujours, Jean Germain n'est pas du genre à céder aux petits apitoiements et à l'introspection complaisante. Un père résistant, capturé et interrogé - plutôt rudement, on l'imagine - par la police vichyste, ça vous apprend à relativiser les petits bobos de la vie quotidienne. Et ça rend dur aumal. Voilà pourquoi Jean Germain, homme de réseaux, d'amitiés y compris à droite, est aussi un bourreau de travail. L'homme qui a conquis Tours l'endettée avec dans les poches un projet de tramway qui devait rester remisé près d'une décennie au plus profond des armoires s'est imposé comme un gestionnaire hors pair. De quoi poser de sérieux problèmes à l'opposition de droite. De quoi aussi lui valoir l'amitié et le respect de Michel Sapin. Deux fois président de Région par intérim... Pourtant jamais Jean Germain n'a cherché vraiment à quitter la douceur tourangelle. L'élu socialiste qu'il est jette un regard consterné sur un PS national « qui n'a réglé aucun problème au fond... qui doit trouver un langage, un élan, un projet pour la France, pour l'Europe... qui n'a pas à se comporter comme un super-syndicat à l'usage des classes salariés ». Ce proche de Michel Rocard et de Dominique Strauss-Kahn ne cesse de rappeler l'importance du collectif... « Ministre, moi, si c'est pour faire des glandouilleries », sourit Jean Germain quand on évoque un très hypothétique avenir parisien... Le Sénat ? « Pas franchement à l'ordre du jour ». Non, le maire de Tours, le président de l'agglomération tourangelle n'entend pas ouvrir prématurément une succession (après tout il n'a que 62 ans). Il reste beaucoup à faire à Tours et d'abord un tram. Et puis, il faut bien aussi prendre le temps de filer vers les Sables-d'Olonne pour naviguer en paix avec les amis, faire des bons plats à femme et à ses deux fils... Le grand large, la cuisine, la curiosité bienveillante aux autres... Jean Germain sera resté fidèle aux valeurs et aux envies de son enfance.

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