Jallanges : la vie du château n’a tenu qu’à un fils ! 0
Publié le jeudi 21 juillet 2011 par : Tribune
Acheté d’abord par ses parents, Stéphane Ferry-Balin a pris la direction en 1984 du château de Jallanges, situé au nord-est du Vernou. Pourtant, rien ne le prédisposait à un tel destin, celui de faire de cette authentique demeure seigneuriale de la Renaissance, un château vivant, animé entre autres par des réceptions, des visites et une fête annuelle des plantes.
C’est au milieu de pentes chargées de vignes et dans un écrin de verdure aux arbres séculaires, entre Vaugondy et la Vallée de Cousse et entre Tours et Amboise que s’élève le château de Jallanges. Construit en 1465 sur ordre du roi Louis XI sur l’emplacement d’une ancienne forteresse, cet édifice a longtemps changé de propriétaires, passant de la main de grands notables tourangeaux à celle des nobles seigneurs. Rien qu’au XXe siècle, le château a appartenu à six personnes avant qu’un ancien fonctionnaire de police et sa femme décident de l’acheter et d’y faire des chambres d’hôtes. « Quand mes parents l’ont acquis en 1983, le château avait été laissé à l’abandon pendant une dizaine d’années. J’en ai pris la direction en 1984 ». Les rumeurs dans les alentours vont bon train : on dit de lui que c’est un « jeune coq » qui n’a pas sa place que dans la basse cour.
Stéphane Ferry-Balin, fraîchement diplômé d’une école hôtelière, avait alors 20 ans et ne se doutait pas que ce domaine serait l’œuvre de toute une vie. « Les toitures étaient béantes, les fenêtres étaient obstruées par la végétation... André Montout qui a beaucoup écrit sur les châteaux de la Loire avait déclaré en 1980 qu’il donnait à Jallanges 10 ans avant de devenir un château en ruines ». À cette époque, le propriétaire avoue avoir eu « un trouillomètre important : les poutres craquaient, les portes claquaient... Je vivais seul à ce moment-là. La première chose que j’ai faite a été d’acheter quatre dogues allemands et de chasser les squatteurs en sortant ma carabine à gros sel ! » Il n’imaginait pas alors que, 25 ans plus tard, il aurait une société de cette taille, une dizaine d’employés et l’une des plus grandes salles de réception de France. « C’était démesuré. Jamais je n’ai eu conscience de la tâche ».
L’édifice ayant été classé monument historique en 1946, la moindre rénovation demande des mois de paperasses administratives. « Nous n’avons jamais reçu de subventions et nous avons cessé d’en demander. Il n’y a pas d’aides au prorata de l’énergie, de la passion pour un site, mais au prorata des relations. Je passais plus de temps à refaire le carrelage et les peintures qu’aux cocktails à lécher les bottes des politiques qui vous nourrissent de promesses ».
Un bras, une jambe, un oeil... le coût de l’entretien est à la taille de l’édifice : « Je n’ai pas les moyens de restaurer la chapelle du XVIIe dans laquelle je me suis mariée, où mes deux fils ont été baptisés... C’est affligeant ». Déjà, quand en 1999, il décide de rénover l’aile nord du château pour en faire la plus grande salle de réception d’Indre-et-Loire (500 places), il n’obtient qu’une aide privée d’un généreux Ardennais.
Aujourd’hui, s’il a appris à nouer quelques relations, il compte surtout sur le tourisme d’affaires, qui représente 80% de son activité, et sur les mariages, les baptêmes, les locations des cinq chambres d’hôtes et les visites. Le château accueille en moyenne 22 000 visiteurs par an.
Situé en plein cœur du fameux vignoble du vin de Vouvray, au milieu d’un grand parc aux cèdres tricentenaires, et flanqué d’un jardin Renaissance française avec des roses, des pivoines, des iris et des lis, ce mastodonte a encore de beaux jours devant lui.
Alexia MELLIER
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