Cavités souterraines : des pièges qui coûtent cher ! 0
Publié le jeudi 24 juin 2010 par : Tribune
Naturelles ou
liées à l’homme, les cavités souterraines
foisonnent dans l’agglo
d’Orléans. Le BRGM en recense
605 mais la liste s’allonge. Après
les fontis de la station d’épuration
de l’Île Arrault et l’effondrement
d’un pavillon à St-Pryvé, ce sont
les travaux du tram qui butent
dans les trous.
Des trous, des petits trous … et
parfois même de très gros trous !
Le sous-sol de l’agglomération ressemble
à un gruyère, avec des conséquences
désastreuses sur le plan économique et
social. Samedi 22 mai dernier, rue Gaston
Deffié à St-Pryvé-St-Mesmin, un pavillon
de 150m2 des années 1950 a été happé
par le sous-sol. En «deux minutes», Jacky
Chahuneau, VRP en charcuterie, son épouse,
assistante maternelle, et leur fille de 17 ans,
ont tout perdu. «J’ai acheté il y a 25 ans, je
savais juste que c’était une zone inondable...
Il n’y a eu aucun signe pour nous alerter,
pas une fissure ! Et vers 13h30, alors que je
préparais des frites au sous-sol j’entends un
craquement et je vois le pignon de la maison en
train de tourner et d’être aspiré…» Un récit
dantesque, à la mesure du cratère de
20 mètres. «Ça aurait été la nuit, nous serions
morts.» Mais ce jour là, Jacky Chahuneau et
sa famille ont la présence d’esprit de courir
dans leur jardin. «Il n’y a pas eu de fumée mais
un bruit horrible d’aspiration. Je suis écoeuré»,
dit-il en apercevant son Zodiac, compacté
par les gravats. Hébergée par des voisins,
la famille attend désormais de savoir si l’Etat
classera en catastrophe naturelle. «Ce qui me
fait mal c’est qu’on ne pourra certainement pas
reconstruire or j’ai 4000m2 de terrain…»
Des précédents, il en existe, mais pas de
cette ampleur «exceptionnelle», selon Michel
Leclercq, directeur du service géologique au
Bureau de recherches géologiques et minières
(BRGM). Ainsi en 2001, un jardin s’était
affaissé à 18m, rue de l’Argonne à Orléans…
Le chantier des travaux de la seconde ligne
de tramway Cleo, est aussi confronté aux
cavités. Jeudi 17 juin, place de Gaulle, «un
puits de 8m de profondeur et de 2m de large
s’est ouvert le long de la ligne 1», selon le
lieutenant Christophe Marchand, pompier
au centre de secours principal Orléans
Centre. «La cavité n’était pas répertoriée mais
il a plu, ça a raviné et les vibrations du tramway
ont probablement engendré ce trou.» 160m3
de béton à prise rapide ont été injectés et
le trafic est resté interrompu une matinée.
«Cet événement est anecdotique mais il montre
qu’il y a des cavités partout», estime Charles-
Eric Lemaignen, président de l’AgglO.
Un surcoût de plusieurs centaines
de milliers d’euros
Plus ennuyeux : à St-Jean-de-Braye, les
travaux du tram sont retardés par la découverte
de trois fontis imprévus. «Une chape
de béton sera réalisée», indique Charles-Eric
Lemaignen. De source proche du dossier,
le surcoût pourrait osciller entre 700 000
et un million d’euros, sachant que le coût
total du centre de maintenance s’élève à
11 millions d’euros. Autre souci : Alstom
devait livrer la 5e rame du tram début 2011,
il est aujourd’hui question d’un report de
2 à 4 mois sur le calendrier, soit un accueil
de la rame envisagé en mai/juin 2011. Cela
rappelle l’épisode de la station d’épuration
de l’Ile Arrault où des fontis de 7m au
lieu de 3m avaient été découverts, engendrant
un surcoût de 5,2 millions d’euros ou
encore du pont de l’Europe, dont la consolidation
avait nécessité 6,4 millions d’euros.
«C’est un problème d’assurance !», insiste
Charles-Eric Lemaignen, «pour la station
d’épuration, si j’avais fait un sondage partout,
il y aurait eu un surcoût aussi. Et 9 fois sur 10
on va y perdre !»
A ce jour, le BRGM recense 605 cavités souterraines
(1) dans l’agglo, avec des disparités
selon les communes (lire encadré), sachant
que nombre de cavités sont «inconnues,
oubliées ou non portées à notre connaissance
». Le BRGM, basé à Orléans, est mandaté
depuis 2001 par le ministère de l’environnement
pour effectuer tous les ans un inventaire
des cavités souterraines : «Nous avons
quasiment couvert la totalité du territoire, en
épluchant les archives, les rapports techniques,
les inventaires», explique Séverine Bes de
Berc, géologue au service aménagement et
risques naturels.
Les communes situées au nord de la
Loire sont confrontées à des vides d’origine
anthropique, c’est-à-dire à d’anciennes
carrières résultant de l’exploitation intensive
et anarchique du calcaire de Beauce,
depuis le Moyen Age et jusqu’au XIXe siècle.
Au sud de la Loire, les cavités sont en revanche,
pour la majorité, naturelles. On les
appelle «bîmes», «fontis», «gouffres» ou cavités
«karstiques» et leur formation résulte de
la présence d’eau circulant dans la roche.
«Il y a un substratum d’alluvions sur 5 à 15m,
puis en dessous du calcaire dissout progressivement
par l’eau, de plus en plus acide avec la
présence de gaz carbonique», explique Michel
Leclercq.
A Orléans, le service municipal des risques
urbains dispose d’un Atlas des carrières
souterraines, connues et recensées. «550
sont répertoriées, grâce à des recherches menées
depuis 1996 dans les archives municipales
et la mémoire humaine, et on en découvre
de nouvelles régulièrement !», témoigne Imed
Ksibi, technicien. «Il est impossible d’utiliser
les moyens modernes, tels que des radars, pour
cartographier le sous-sol à grande échelle. Il y a
trop de réseaux.» Selon lui, entre 10 et 20%
des carrières sont aujourd’hui non connues.
Les carrières ont des tailles variant de 50 à
100m2 «et jusqu’à 2500md», souligne Imed
Ksibi. A Orléans, rue de la Borde quartier de
l’Argonne et rue de Patay dans une résidence,
se trouvent deux carrières importantes.
«Les trois quarts du temps, elles sont sous un
domaine privé.» Et, à en croire les cartes, le
site de l’hôpital porte-Madeleine se situe au
dessus d’un vrai labyrinthe.
Les collectivités, comme les particuliers,
sont condamnées à composer avec ce casse-
tête : le sous-sol du val de Loire est criblé
de cavités. Reste que certains terrains sont
plus exposés que d’autres aux aléas géologiques…
Dans cette perspective le projet
d’Arena apparaît de plus en plus comme un
pari osé.
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