Budget 2010 : l'étrange victoire de Claude Roiron 0
Publié le jeudi 21 janvier 2010 par : Tribune
Catégories : politique
Il faudra bien qu’ils s’habituent ! » Au lendemain
du vote du budget 2010 du
Département, Claude Roiron n’en finissait
pas de savourer sa double victoire. Victoire sur
une droite « ensommeillée » et une opposition
de gauche trop excessive pour constituer une
réelle menace. Et victoire, mais celle-là était
plus attendue, dans son propre camp car la
présidente aura, une nouvelle fois, réussi à
imposer sa volonté à des conseillers PS qui n’étaient
pas tous farouches partisans d’une
hausse de 3,85% de la fiscalité. Euphémisme.
Philippe Le Breton, maire de Joué-lès-Tours,
socialiste dissident et ancien vice-président en
charge des finances, démis de ses fonctions
par Claude Roiron, aura eu beau tempêter,
dénoncer les promesses par deux fois non
tenues… Avant l’élection, la gauche avait conquis
l’Indre-et-Loire en s’engageant à ne pas
augmenter la fiscalité locale. L’année dernière,
pour emporter la bataille du vote du budget
2009 et sa hausse de 15% des impôts, Claude
Roiron avait laissé entendre que cette hausse
ne serait pas poursuivie en 2010… Rien n’y a
fait. Dans un contexte économique où les
recettes de la collectivité se sont taries, le
Département a fait le choix de tailler dans certains
programmes. L’achèvement du
périphérique est retardé, comme déjà annoncé,
à la consternation d’un Serge Babary, qui
dénonce au nom de l’UMP « un Département
en panne ». Le contrat de plan État-Région qui
prévoyait notamment une participation de trois
millions d’euros sur trois ans au financement du
programme de modernisation de l’Université de
Tours est mis en pointillé. Suffisant pour consterner
son président Loïc Vaillant, qui, faute de
pouvoir compter sur le soutien du Département,
voit s’envoler les financements liés des autres
collectivités locales… Pierre Louault, le chef de
file de l’opposition de droite, dans une volonté
de dédramatiser les débats, avait bien souligné
qu’une « reprise en main du budget était nécessaire
» mais c’était pour pointer l’absence de
toute politique d’aménagement du territoire.
Pour lui, l’essentiel des investissements ne concerneraient
que l’agglomération tourangelle.
« Le fonctionnement a été privilégié au détriment
de l’investissement ». Claude-Pierre
Chauveau, le « patron » du groupe PS au
Département, là encore dans une volonté d’apaisement,
soulignait que dans tous les
départements de France, de fortes contraintes
financières pesaient sur les budgets notamment
avec les nouvelles charges imposées par la
montée en puissance du RSA... Au final, la
majorité de gauche aura eu beau jeu de rappeler
qu’après tout, la nouvelle hausse de la fiscalité
locale ne va représenter que quelques euros
pour un ménage vivant avec deux enfants (de 4
à 9 euros par an pour la taxe d’habitation et de
7 à 11 euros par an pour la taxe foncière selon
les communes), reste que la rupture provoquée
par Claude Roiron est bel et bien engagée.
Depuis les débuts de l’ère Jean Germain, le
Conseil général d’Indre-et-Loire, dominé par la
droite avait accepté de prendre en charge le
développement de l’agglomération tourangelle
et de faciliter ainsi le désendettement de la ville
de Tours. Les grands travaux comme le
périphérique étaient ainsi largement supportés
par le Département. En échange de cette bienveillance
consensuelle, la majorité de droite
avait les mains libres pour intervenir dans les
cantons ruraux… Politique classique de
saupoudrage. Pas forcément d’une efficacité
diabolique mais suffisante pour maintenir un
équilibre du monde rural autour de ses leaders
naturels issus du terroir. Cela, c’était en période
de vaches grasses. L’arrivée de Claude Roiron
aux commandes en pleine période d’effondrement
des recettes – notamment des droits
de mutation – a obligé la présidente PS à prendre
des mesures d’économies drastiques. En
même temps, la fille spirituelle de Laurent
Fabius nourrie aux concepts d’une gauche
protectrice, sociale, volontiers oublieuse – ou
ignorante - des lois de l’économie de marché et
très décomplexée face au recours à l’impôt a
appliqué les recettes classiques de cette
gauche. D’abord donner des signaux forts à
gauche en recrutant… L’emploi public et le
social pour amortir la crise. Ensuite augmenter
l’impôt. De quoi au passage transformer le
Conseil général en machine pour tenter
d’asseoir un vrai pouvoir politique. Les
prédécesseurs de Claude Roiron, blanchis
sous le harnais n’espéraient guère marcher
dans les pas de Jean Germain…
Claude Roiron a donc appliqué les bonnes
vieilles recettes. Le malheur, c’est qu’en période
de vaches maigres, les ruptures politiques sont
difficiles à imposer. Jean Germain qui a fait de
la politique de désendettement de la ville de
Tours l'alpha et l'oméga de sa crédibilité financière
a vu son soutien principal s’envoler. En
pleine période électorale, c’est gênant… La
droite anesthésiée (ou étouffée, diront certains)
par des années de gestion à la Germain a trouvé
des motifs à sortir du bois… Et c’est tout ce
savant équilibre que la batailleuse Claude
Roiron a fait voler en éclats. Mais en cette aube
de l’année 2010 et pour cause de rendez-vous
électoral régional en mars il fallait bien jouer
encore un peu de l’étouffoir. C‘était au final de
l’intérêt de tout le monde. Claude Roiron et sa
boulimie d’impôts, constitue une cible rêvée
pour la droite locale qui manque un peu d’arguments
de campagne… Et pour le PS le budget
2010 accouche au final d’un moindre mal…
L’important c’est de ne pas faire trop de vagues.
Pour le reste, on verra bien en 2011 avec les
élections cantonales. Et Claude Roiron vient de
démontrer qu’en dépit de quelques velléités, le
PS comptait peu de candidats pour la remplacer…
La dame de fer d’Indre-et-Loire a gagné
une nouvelle manche.
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