Bruno Scaillet : l'homme qui recrée les volcans 0
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Publié le jeudi 22 avril 2010 par : Tribune

Catégories : société

 Bruno Scaillet, 48 ans, marié et père de deux enfants est volcanologue et directeur de recherche au CNRS. Ses recherches servent à prévoir les risques d’éruptions. La récente éruption islandaise le passionne.       «L’éruption du volc... Bruno Scaillet, 48 ans, marié et père de deux enfants est volcanologue et directeur de recherche au CNRS. Ses recherches servent à prévoir les risques d’éruptions. La récente éruption islandaise le passionne. «L’éruption du volcan islandais n’est pas étonnante», commente Bruno Scaillet, directeur de recherche au CNRS, «cela peut durer plusieurs semaines ou années. Le volcan de l’île de Montserrat est rentré en éruption en 95, cela a duré 10 ans et continue encore. » On rapporte même qu’en 1783, une éruption d’un volcan islandais aurait déclenché un refroidissement climatique dans toute l’Europe qui aurait entraîné la famine, ce qui aurait été l’une des causes de la Révolution française. «L’éruption contient du dioxyde de soufre qui forme un voile de gouttelettes qui refroidit la terre.» De quoi oublier le réchauffement climatique. Le goût pour les volcans de ce spécialiste ne date pas d’hier. «J’avais une dizaine d’années lorsque j’ai fait l’ascension du Pacaya au Guatemala avec mon père. Je me souviens qu’un avion américain était tombé dans le cratère », évoque le volcanologue Bruno Scaillet. Ce fils d’un agronome belge a passé son enfance en Amérique latine et se rappelle encore les coulées de lave qu’il voyait la nuit au Guatemala. Sans oublier les livres d’Haroun Tazieff qui l’ont fasciné dans sa jeunesse. Sa vocation était née. Après des études par correspondance, celui qui aimait la nature et travailler à l’extérieur a choisi l’université de Brest pour suivre des études «initialement de géologie marine». Son cursus va finalement l’amener à faire une thèse sur l’Himalaya et la manière dont se forment les chaînes de montagnes. C’est son post-doctorat, après deux ans de service militaire en Belgique, qui va conduire en 1993, ce chercheur en volcanologie expérimentale, au CNRS à Orléans. «Nous simulons en laboratoire les conditions de formation du magma en recréant les conditions de la chambre magmatique : eau, température…», explique Bruno Scaillet, «nous allons sur le terrain chercher des échantillons puis nous travaillons en labo». Parmi les sujets d’études du chercheur : le Vésuve, «emblématique car décrit par Pline», le Stromboli toujours en activité et le Santorin dans les îles Cyclades grecques. Chacun a son importance. «Le Vésuve comme le Stromboli posent des problèmes de sécurité civile dans cette région peuplée d’Italie. Nos recherches sont financées par les autorités italiennes», ajoute le volcanologue. Pour le Santorin, le volcan est situé dans une île touristique. «Nous savons que nous n’allons pas sauver le monde avec de la recherche fondamentale mais en tant que chercheurs nous gardons en tête l’application concrète de celle-ci», commente Bruno Scaillet, «lorsque l’on demande si les chercheurs sont utiles, je n’ai aucun mal à justifier notre travail.» Même si son envie de rejoindre le volcan islandais en éruption est très forte, Bruno Scaillet sait qu’il doit rester en France où il est directeur de l’Institut des sciences de la Terre d’Orléans, une unité mixte du CNRS et des universités d’Orléans-Tours à l’Observatoire des sciences et de l’univers d’Orléans. «Nous formons les volcanologues de demain», indique celui qui rêve de voir le Pinatubo aux Philippines sur lequel il a travaillé et les volcans d’Indonésie. Son prochain voyage aura lieu en septembre à destination de Palerme, avec pour objet le Stromboli. «L’époque où l’on partait à l’aventure d’Haroun Tazieff est révolue, maintenant on ne peut pas vulgariser et faire de la recherche de pointe, les instruments sont tellement plus techniques.» La flamme des débuts n’a cependant pas disparu et ses yeux brillent en parlant du magma, des ronflements et «du feu purificateur» des entrailles de la terre.

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