Black, beur : une nouvelle génération d'entrepreneurs ! 0
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Publié le jeudi 24 juin 2010 par : Tribune

Catégories : économie

 Ils sont Français, d’origine étrangère, et ont créé leur boîte dans l’agglo d’Orléans. Leurs itinéraires divergent, avec une constante : tous ont dû relever leurs manches, deux fois plus que les Français pure ...

Ils sont Français, d’origine étrangère, et ont créé leur boîte dans l’agglo d’Orléans. Leurs itinéraires divergent, avec une constante : tous ont dû relever leurs manches, deux fois plus que les Français pure souche. Aucun ne se pose en victime mais tous décrivent des freins, liés à leur couleur de peau.

La génération “black, beur” s’émancipe ! Environ 30 000 entreprises sont créées chaque année en France par des chefs d’entreprise issus de la diversité. Soit 7,3% des créations d’entreprises, selon une enquête réalisée en 2008 par le ministère de l’immigration et par l’Agence pour la création d’entreprises (APCE). Mais l’ascenseur social connaît encore des freins... A Orléans, Kenneth Bourienne, 39 ans, a créé Amani Beauté en septembre 2009, un salon de beauté multi-ethnique. Née au Congo, elle est arrivée à Orléans à l’âge de 5 ans et revendique son métissage culturel : «j’ai été élevée dans la culture française, Orléans c’est ma ville !» De formation commerciale, après six ans comme chargée de développement dans une grande entreprise agroalimentaire, trois ans dans le secteur bancaire et la création d’une agence immobilière à Cléry-St-André, Kenneth Bourienne a enfin pu lancer le projet qui lui tenait le plus à coeur : «après avoir fait mes preuves, il était plus facile de convaincre les banques», témoigne cette entrepreneuse, mère de famille mariée à un Français «pure souche». «Mais la confiance n’était pas présente à 100%. J’ai été confrontée à des réticences liées au fait que je suis sur un marché ethno-ethnique. Certains croyaient que j’allais emmener la racaille dans la rue ! La population d’origine étrangère est sous-estimée, trop de monde pense encore qu’elle ne touche que le RSA alors que les femmes noires dépensent quatre fois plus en maquillage et cinq fois plus pour leurs cheveux que les Européennes.» Kenneth Bourienne refuse de se poser en victime. Déterminée et fonceuse, elle a toujours voulu faire tomber les masques : «je ne veux pas faire l’autruche non plus, il est évident qu’il faut en faire deux fois plus pour y arriver. Par moment, j’ai vu du racisme dans les yeux, mais je suis passée outre, sinon on joue le jeu d’une minorité.» Aujourd’hui, elle emploie trois salariées, d’origines différentes pour réunir, dit-elle, «toutes les beautés du monde». Avec deux autres projets en gestation : franchiser la marque et créer une école de perfectionnement, à Orléans, tournée vers les techniques de coiffure des cheveux afro et maghrébins : «ce serait une première et j’ai des demandes de candidates européennes qui, pour l’instant, ne peuvent être formées nulle part.» Rodrigue Pokam, 24 ans, est né au Cameroun et a décidé, en avril 2008, de s’orienter vers la création d’entreprise, en profitant d’un hébergement en pépinière à St-Jean-de-la-Ruelle. Il développe aujourd’hui sa boutique de décoration et d’artisanat d’Afrique, notamment par le biais d’Internet en proposant des ventes en ligne (decoexotic.com). Il ne cache pas une certaine amertume avec le sentiment de ne pas avoir été traité «comme les Blancs» : «J’espère que les mentalités vont changer et j’ai envie de dire aux jeunes que tout est possible mais, honnêtement, mes origines n’ont pas été un atout. Il m’est arrivé plusieurs fois de faire du commerce par téléphone et, une fois en face du client, il y avait soudainement un problème.» Mais Rodrigue Pokam n’a pas baissé les bras et s’apprête à embaucher un salarié en septembre. Mohamed Bajjou, 24 ans, s’est aussi lancé, à Fleury-les-Aubrais, avec le statut d’autoentrepreneur, en novembre 2009. Né en France de parents marocains «qui ne savent ni lire ni écrire», il a fait de ses origines une force «car j’ai toujours voulu prouver que j’étais capable». Preuve que les préjugés ont la dent dure, il a choisi de gommer son prénom pour «mieux passer» auprès des clients et il a le courage de le dire quand d’autres refusent d’en parler : «avant je n’avais aucun appel, maintenant avec le bouche-à-oreille je m’en sors.» Ainsi, son entreprise Services Simo, spécialisée dans la rénovation d’intérieur, dépassera bientôt le plafond des 32 000€, fixé par le statut d’autoentrepreneur : «fin juillet je prévois de devenir artisan et d’embaucher un senior et un jeune.» Seul bémol, selon l’ACPE, les entrepreneurs issus de la diversité investissent surtout deux secteurs, la construction (40%) et le commerce (35%). Preuve qu’il reste du chemin à parcourir !


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