Bateaux sur la Loire : pourquoi le tourisme rame 0
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Publié le jeudi 02 septembre 2010 par : Tribune

Catégories : société

 «Il ne se passe pas grand chose sur la Loire.» Ce constat, c’est celui du photographe Philip Plisson, après avoir survolé la Loire autour d’Orléans, fin mai, sur invitation du Conseil général du Loiret dans le cadre de la Caravane ...

«Il ne se passe pas grand chose sur la Loire.» Ce constat, c’est celui du photographe Philip Plisson, après avoir survolé la Loire autour d’Orléans, fin mai, sur invitation du Conseil général du Loiret dans le cadre de la Caravane de Loire qui débute le 3 septembre à Montargis pour s’achever le 12 à Meung-sur-Loire. Un concours de circonstances ? Pas seulement… Côté canoës, l’activité a tendance à se développer, selon Joris Alcourt, gérant d’Aventure Outdoor Sport et Nature à St-Jean-de-Braye. Mais rien à voir avec le business et l’affluence des gorges de la Dordogne ou de l’Ardèche. Un marinier de la région a une explication : «Faire du canoë c’est très pénible avec le vent de face et comme le fleuve est large c’est ennuyeux !» Joris Alcourt pense surtout que «la pratique du canoë sur la Loire est moins ancrée dans les habitudes. On a moins communiqué que sur la Loire à vélo. La Loire n’est pas plus dangereuse que l’Ardèche mais l’aspect visuel est un peu monotone en aval d’Orléans. C’est plus sinueux et naturel vers Gien.» Le principal problème est ailleurs : la Loire n’étant plus navigable, «elle ne fait donc pas l’objet d’un entretien et d’une gestion visant à maintenir sa navigabilité», précise-t-on à la préfecture. «L’Etat assure un entretien visant uniquement à assurer la sécurité face au risque d’inondation en cas de crue. Il n’y a pas de signalisation, ni de balisage des obstacles.» Ainsi les promenades en bateau restent cloisonnées «par bassins».

Le comité départemental du tourisme du Loiret reçoit des demandes mais dénombre deux professionnels seulement qui en proposent régulièrement. Ils sont 11 en Indre-et-Loire pour 18 bateaux, selon l’observatoire de l’économie et des territoires de Touraine. A Châtillon-sur- Loire, Jean-François Ruer organise depuis 2003 des promenades en gabare, entre Châtillon et Briare. Selon lui, le potentiel touristique de la Loire est sous-exploité : «il y a des possibilités de développement, j’aimerais bien aller plus loin mais ce n’est pas navigable. Ça pourrait le devenir mais il faut combattre l’administration et son mille-feuilles de procédures. Il faudrait aussi davantage de communication et pas juste sur les châteaux !» Jean- Philippe Van Lauwe, gérant de la SARL Passeurs de Loire à Sigloy, propose des sorties à bord de toues sablières et d’une gabare. Il rappelle que le maître mot c’est «l’adaptation» et qu’autrefois les mariniers ne naviguaient que 200 jours par an, quand il y avait de l’eau : «ce n’est pas aujourd’hui qu’on va creuser le lit de la Loire pour la rendre navigable !» Éric Doligé, président du Conseil général du Loiret, est du même avis : «il n’y a plus d’utilité commerciale forte, il ne faut donc pas se faire trop d’illusion sur la navigabilité de la Loire. Il y a déjà de quoi s’occuper localement. Il y a un fort potentiel touristique mais difficile à mettre en place car il faut trouver des passionnés...» Dominique Joye, président des Compagnons chalandiers de l’agglomération d’Orléans, fait partie de ces férus qui pensent qu’il faut voguer «au nom de la culture» avec des vieux gréements.

Mais des points noirs subsistent. A Orléans, le pont Thinat est l’un d’entre eux : deux blocs rocheux empêchent le passage de bateaux. Une réflexion est engagée entre la direction départementale du territoire, la Ville d’Orléans et les mariniers. «Le dossier est entre les mains de l’Etat», explique Anne d’Aux, conseillère municipale d’Orléans déléguée au patrimoine ligérien. «Nous souhaitons améliorer la navigabilité mais ce n’est pas simple... La Loire est un fleuve sauvage, avec des bancs de sable qui bougent.» Le passage des centrales nucléaires est un autre problème. Dans le cadre de la Caravane de Loire, une grue est nécessaire pour permettre aux bateaux de franchir les barrages à Dampierreen- Burly. A Tours, le pont Wilson dont les piles ont été renforcées, est infranchissable. «Je propose un parcours entre le pont de la Motte et le pont Wilson, ce n’est pas faisable d’aller plus loin !», confirme Alain Lacroix, fondateur de l’association Boutavant. Selon lui, il est utopique de croire qu’on peut régler le problème en déplaçant des cailloux : «le dénivelé et le courant seront toujours présents !» Dominique Joye indique que l’urgence est de rouvrir les canaux et l’écluse de Combleux : «ça nous permettrait d’aller du quai Fort Alleaume jusqu’à Vitry-aux-Loges.» Cela tombe bien, le Conseil général a pour objectif de rendre navigable le canal d’Orléans en 2012. Les mariniers orléanais estiment toutefois qu’il faut accélérer la restauration des écluses : «si c’était navigable entre Orléans et Briare, des bateaux italiens et allemands viendraient jusqu’à Orléans !», assure Dominique Joye. «Ce serait l’Europe à Orléans !», résume Bruno Desmurs, président de l’association Autour de l’eau et pilote d’Ô Batô à Orléans. Éric Doligé indique qu’il faudrait pour cela rajouter 60 millions d’euros aux 20 millions déjà investis depuis 1985 : «nous estimons la navigabilité du canal à 80 millions d’euros en tout. Il faudra attendre 2020 pour qu’on puisse faire le canal de Briare, d’Orléans et du Loing.» Reste la problématique de l’étanchéité et de l’alimentation du canal en eau... Une discussion est engagée avec l’Etat en vue d’obtenir l’autorisation de créer des réserves d’eau ou de prélever en Loire.


Voir l'article complet