Arthur Nauzyciel : le “Musée de la mer” ou la crise islandaise 0
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Publié le jeudi 21 mai 2009 par : Tribune

Catégories : théâtre

Pour achever la saison, le Centre dramatique national dirigé par Arthur Nauzyciel présente du mardi 26 au dimanche 31 mai, “Le Musée de la mer”, une pièce écrite par l’écrivain Marie Darrieussecq et mise en...

Pour achever la saison, le Centre dramatique national dirigé par Arthur Nauzyciel présente du mardi 26 au dimanche 31 mai, “Le Musée de la mer”, une pièce écrite par l’écrivain Marie Darrieussecq et mise en scène par Arthur Nauzyciel. Au programme : une oeuvre traduite en Islandais par Sjón, poète et parolier de Björk, surtitrée en français. Rencontre avec Arthur Nauzyciel.

Comment est née cette pièce ? Je finissais de travailler sur la traduction d’Ordet avec Marie Darrieussecq. Le Théâtre national d’Islande m’avait demandé de créer une mise en scène, j’ai pensé que c’était bien de demander à Marie, quelque chose de l’ordre de la science fiction, de l’enfance, de l’invisible. Dès le départ, j’ai voulu pour la traduction travailler avec un écrivain comme par Sjón, idem avec Bardi Johannsson pour la musique et la chorégraphe Erna Omarsdottir. Quand j’ai été nommé à Orléans, amener des gens d’autres disciplines tout en respectant les règles du théâtre faisait partie de mon projet. Mon but est de montrer que le théâtre est un art contemporain accessible, pas élitiste !

Cette pièce de science-fiction est vue comme traitant de la crise économique actuelle pour les Islandais. Marie Darrieussecq y pensaitelle déjà en l’écrivant ? Non. Je ne savais pas au départ qu’elle avait un lien fort avec l’Islande mais qu’elle était fascinée par les petits pays. Elle a axé la pièce là-dessus, un conflit contemporain, avec la langue et la nation au centre. Il y avait la question de l’engagement : jusqu’à quel point on peut rester en dehors du monde ? Et peut-on manger de l’immangeable ? Il y a deux ans, quand j’ai proposé le “Musée de la mer” au Théâtre d’Islande, c’était pour eux une pièce abstraite. Ils ont vécu longtemps protégé du reste du monde. Depuis, leur “bulle” a explosé et des phrases insignifiantes prennent un nouveau sens. Pour eux, c'est le premier spectacle qui traite de la crise.

Marie Darrieussecq a écrit ce texte sans ponctuation. Etait-ce un moyen de vous laisser une plus grande place pour la mise en scène ? Elle avait carte blanche. Enfin pas aussi blanche car nous avons travaillé ensemble sur “Ordet”. Elle sait combien la langue a une influence sur le jeu des acteurs mais aussi que je suis très littéral. Elle n’avait pas besoin de mettre de point. Marie a fait en sorte que le texte ait besoin d’être mis en scène pour être compris. Elle a écrit un texte de présentation indiquant qu’il s’agissait d’une folie à deux. C’est vrai, c’était un défi au niveau de la mise en scène mais surtout parce que j’avais l’impression d’être tout le temps dans la tête de Marie. J’en faisais des cauchemars. Le budget pour la mise en scène a fait les frais de la crise économique.

Avez-vous un regret par rapport à votre projet initial ? Pas du tout. Ce n’est pas du fatalisme mais on fait avec les moyens que l’on a. C’est du théâtre de crise qui doit être poétique, beau et avoir du sens. C’est pour cela qu’on a utilisé le plastique pour le décor. Le seul problème est qu’il restait peu de temps. Au niveau de la lumière, il a fallu faire au jour le jour. Cela fait très peur ! Un spectacle est de toute manière le résultat de son processus. Je suis très content du résultat.

Comptez-vous réitérer ce genre d’expérience ? Je pense faire la même chose avec Denis Lachaud, l’autre artiste associé. J’ai également un projet en Sibérie, si cela se fait, j’en parlerais avec Marie. Pour ce qui est des acteurs islandais, j’aimerai bien continuer de travailler avec quelques-uns comme j’ai eu envie avec ceux de “Black Battles”. On forme une famille du théâtre au-delà de la langue et des pays. Pour l’instant, la prochaine saison débutera avec “Jules César.”

Mercredi 13 mai, à 20h30 au zénith d’Orléans. Tarif : 40€.


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