Adoption en Haïti : l'attente interminable d'une mère 0
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Publié le jeudi 28 janvier 2010 par : Tribune

Catégories : société

 Elle s’appelle Valencia, 27 mois. Depuis que la terre a tremblé en Haïti, Béatrice Duru, 43 ans, responsable achat au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) et candidate à l’adoption depuis 3 ans ne cesse de penser à el... Elle s’appelle Valencia, 27 mois. Depuis que la terre a tremblé en Haïti, Béatrice Duru, 43 ans, responsable achat au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) et candidate à l’adoption depuis 3 ans ne cesse de penser à elle. «J'étais sans aucune nouvelle après le séisme. Ce fut la semaine la plus longue de ma vie», explique cette Fleurysoise célibataire. Encore aujourd’hui, Béatrice Duru vit dans son salon entre son téléviseur, son ordinateur et le téléphone qui ne cesse de sonner. «Il n’y avait aucune information concernant la crèche Notre-Dame-des-Victoires, celle de Valencia, qui se trouve au coeur du séisme. Je n’en ai découvert que sur Internet le vendredi soir et j'ai demandé à l’association Accueil et partage qui m’accompagne dans la démarche d’adoption une confirmation.» Les enfants sont sains et saufs. Soulagement. Malgré tout, impossible de joindre qui que ce soit sur place. «C’est dur de penser que certaines personnes ne sont plus là, que l’endroit où vous avez dormi est détruit, que les rues n'existent plus.» Béatrice Duru venait de séjourner pour la première fois en Haïti en décembre pour signer des documents d’adoption. Depuis, elle est sans nouvelle de son avocate, le juge est mort, le ministre également. «Je ne sais pas si le registre où j’ai signé existe encore...» Béatrice Duru n’espère qu’une chose : pouvoir faire venir Valencia le plus vite possible. Pourtant elle a toujours su que l’adoption demanderait du temps. N'ayant pas trouvé l’âme soeur pour donner naissance à cet enfant tant désiré, la jeune femme opte pour l’adoption internationale. Elle sait qu’en France son voeu aurait eu peu de chance d’aboutir mais surtout qu’à travers le monde des enfants ont besoin de parents. Après un agrément obtenu en neuf mois auprès du Conseil général, c’est avec l’aide d’Accueil et partage que Béatrice Duru se tourne vers Haïti. En décembre 2008, on lui propose l’adoption d’un petit garçon, Joël, d'un an plus âgé que Valencia. «L’association préfère ne pas fournir de photos pour éviter les déceptions lorsque la démarche n’aboutit pas mais dès que l’on vous donne une identité, c’est votre enfant.» Malheureusement, en raison – suppose-t-elle - d'un ouragan, et de la disparition des parents, l’enfant n’est plus adoptable en mars 2009. Béatrice doit faire son deuil. C’est avec surprise qu’elle accueille, en juin 2009, la nouvelle lui annonçant qu’elle peut adopter Valencia, une petite fille aux yeux graves qui ne sourit pas et dont elle ne connaît que peu de choses. Seul le nom de la mère figure sur l’acte de naissance de cette enfant née à Port-au-Prince. Pour se plier à la procédure haïtienne, Béatrice Duru n’hésite pas à sauter dans un avion. En décembre, elle rencontre celle qu'elle considère désormais comme sa fille. Dans cet orphelinat de 50 enfants tenu par une religieuse, «j'ai été accueilli par plein d’enfants qui voulaient tous être pris dans les bras.» Pour l’heure, le futur est suspendu aux décisions prises par Haïti mais cette maman rêve de pouvoir compter une convive de plus à la table familiale lors du prochain Noël. «Du côté français, il y a 900 dossiers, j’espère que les visas seront délivrés rapidement mais je comprends que l’on s’occupe d’abord des enfants blessés.» Aujourd’hui, elle dit craindre le risque sanitaire. «Comme tous les enfants, ils mettent des objets dans leurs bouches.» Bien que soulagée de savoir les enfants vivants, Béatrice Duru dit goûter un bonheur amer face à cette catastrophe qui touche ce peuple si accueillant. C’est un morceau de son coeur qui est resté en Haïti.

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